Jean-Claude Andruet (part 2) : « J’aimais bien gagner avec panache ! »

Suite de notre entretien avec Jean-Claude Andruet, un pilote talentueux comme on l’aime, c’est-à-dire qui n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Au programme : Le Mans 1981 à 1989 et sa vision du sport automobile actuelle !

En 1972 et 1981, Jean-Claude Andruet termine deux fois 2e des 24 Heures du Mans, la 2e fois avec une autre BB512, la #47 de Pozzi avec Hervé Regout et de nouveau Claude Ballot-Léna. « Ces deux places restent d’excellents souvenirs car, en plus, on gagne en 1981 la catégorie GT la première fois et IMSA GTX la 2e. Cependant, comme je l’ai dit, ma meilleure édition restera 1979. Je mettais 1’30 au tour à tous les pilotes de prototypes. Il n’y avait que deux pilotes à 45 secondes de moi par tour : Claude Ballot-Léna et Jean Ragnotti. J’étais déchaîné (rires). »

Après toutes ces GT, le Français ouvre ensuite le chapitre Group C même si cela ne lui a pas laissé un souvenir impérissable. En 1983, il fait partie de l’équipe Lancia usine et roule sur l’une des deux Lancia LC2 engagées. Il se rappelle d’un de ses coéquipiers en particulier. «J’ai tout de suite remarqué qu’Alessandro Nannini allait très fort (le 3e étant Paolo Barilla, futur vainqueur 1984 et 1985, ndlr). Je la pilotais pour la première fois et là, j’avoue que je n’étais pas trop dans le coup, surtout par rapport à lui. J’avoue que je ne me rappelle plus trop de cette édition (abandon à la 13e heure, transmission). »  

Deux ans plus tard, il retrouve un artisan, WM. Il pilote la WM P83B avec Claude Haldi et Roger Dorchy, mais il se fait une sacrée frayeur. « C’était une équipe de vrais passionnés, mais c’était la ‘foire d’empoigne’. Je leur dis que la voiture ne tourne pas de la même façon à droite et à gauche. Les gars regardent et me disent qu’il n’y a rien. Pourtant, en course (abandon à la 7e heure), je sors de la piste à 371 km/h dans les Hunaudières, suspension avant gauche cassée qui explose le pneu. J’ai réussi à la tenir 100 mètres, c’est tout. La sortie a duré plus d’un kilomètre, c’était fou. Je descends alors de la voiture (bien abîmée, nldr) et je constate qu’ils n’avaient pas accroché la suspension à gauche et à droite au même cran. Pourtant, je leur avais dit qu’elle ne tournait pas pareil ! » 

@Club Jean-Claude Andruet

Après avoir piloté, en 1988, une Spice SE 88 C#107 de Chamberlain Engineering avec Claude Ballot-Lena et Jean-Louis Ricci (abandon à la 5e heure, moteur) qu’il qualifie « de très très bonne voiture », la dernière année de Jean-Claude Andruet sera couronnée de succès.

Spice 1988

Une victoire en catégorie C2 vient en effet clore un chapitre Le Mans bien rempli avec la Cougar C20 de Courage Compétition. « J’avais monté ma propre société depuis un mois en 1989. Je m’étais endetté un maximum pour construire des voitures électriques. Philippe Farjon était venu me trouver pour me demander de rouler aux 24 Heures du Mans, mais un mois avant, je l’appelle pour lui dire de trouver quelqu’un d’autre car ce n’est pas raisonnable avec tout ce que je m’étais mis sur le dos. Il me répond que la pub est basée sur moi, qu’il faut que je vienne, que son chauffeur viendra me chercher à l’avion, etc… Je décide d’y aller quand même, me convainc d’assister aux qualifs du Mans. Il me dit : ‘tu viens et on te raccompagnera ensuite’. Je vais à la première séance d’essais, le souci c’est que ni Farjon, ni le pilote japonais (Shunji Kasuya) ne se qualifient. Il me dit qu’il est dans la « merde » car le Japonais lui a amené 35 briques et que si la voiture n’est pas qualifiée…

Je décide alors de monter dans la voiture et je me qualifie tranquille, tellement la voiture était facile, bonne. J’allais tellement vite que le panneauteur de Mulsanne, un mec un peu allumé, m’avait mis un temps bidon. Je m’étais dit que je n’avais pas amélioré, je préférais arrêter. Cependant, j’avais bel et bien amélioré et si j’avait fait un tour de plus, j’étais en 2e ligne des C2 ! Je me suis alors intéressé à l’équipe. Je leur demande ce qu’ils ont comme structure. Ils me répondent : « on a rien, pas un tournevis, pas une clé !’ » Je leur ai fait un cahier des charges en les prévenant que s’il y en a un qui y déroge, il ne fallait pas me chercher, je serai parti !

A la fin de la course, Philippe Farjon a repris le volant, il s’est arrêté à quelques mètres de la ligne d’arrivée longtemps avant le drapeau à damiers de peur de ne pas terminer. J’ai horreur de ça. Quand je gagnais des courses, des rondes par exemple, alors que j’avais beaucoup d’avance, lors du dernier tour, je faisais le record pour faire plaisir aux spectateurs ! J’aimais bien gagner avec panache ! On remporte néanmoins cette classe C2. »

Quand on l’interroge sur son meilleur moment aux 24 Heures du Mans, il revient sur l’édition de 1979 avec la Ferrari BB512. « C’est mon meilleur et mon pire souvenir en même temps. Je dirais même que c’est la plus belle performance de toute ma carrière. »

En 20 apparitions au Mans, Jean-Claude Andruet a piloté une multitude de voitures, mais quand on lui demande d’en choisir une, il pense de nouveau à 79…« Je n’ai jamais eu de voitures extraordinaires, elles étaient souvent difficiles. Je citerais, par rapport à ce que je viens de dire, la BB512 qui était vraiment sympa à emmener sous la pluie. Je n’ai jamais vraiment piloté de prototypes à part la Ferrari 312 P, la Spice et la Lancia LC2. »

BB512 1982

A bientôt 80 ans, il les aura en août prochain, Jean-Claude Andruet garde un œil sur ce qu’il se passe encore en sport automobile. « Je regarde toujours encore un peu les 24 Heures du Mans. Par contre, j’ai un petit souci avec l’évolution du sport automobile. Je trouve que nos dirigeants sont inconscients d’avoir laissé monter les coûts. Les voitures sont aussi devenues tellement performantes que cela a pour conséquence que lorsqu’elles arrivent sur un circuit, on le modifie pour qu’il soit adapté aux F1, par exemple. Je trouve qu’avec les budgets et les coûts actuels, le sport auto est un peu sclérosé. Nous sommes dirigés non pas par des sportifs mais par des hommes de pouvoir qui n’ont qu’une idée en tête : légiférer au maximum. Plus vous faites des règlements compliqués, plus vous asseyez votre autorité et votre pouvoir. Pour ma part, j’ai connu une période de liberté fantastique et quand je vois maintenant le règlement du Championnat du Monde des Rallyes… Pourtant, cela fait rêver encore beaucoup de gens. Il y a eu un tel laxisme des gens et des pays par rapport à la nature et à la pollution que ce n’était que le pognon qui comptait. Maintenant, les politiques se raccrochent à cela, mais ce n’est que du marketing, car ils ne peuvent pas faire autrement. »

Merci à Luc Joly, MPS Agency, Michel Faust et le Club Jean Claude Andruet