Jan Lammers et son amour des 24 Heures du Mans (part 2)

Suite de notre portrait de Jan Lammers et de ses participations aux 24 Heures du Mans…

Le pilote hollandais s’associe ensuite avec Franz Konrad et lance le concept « Racing for Holland ». Il roule sur une Lola B98/10 Ford en 1999, puis une Lola B2K/10 Ford en 2000. « Nous avons d’abord commencé avec la Lola de Franz Konrad. Là, on s’est dit que nous pourrions très bien créer notre équipe avec notre propre voiture. Le concept de départ était : «le meilleur de trois générations. » J’étais le plus vieux, Peter Kox était au milieu et Tom Coronel le jeune pilote. » 

Après deux abandons (boîte de vitesses en 1999 et perte de roue en 2000), il ouvre une nouvelle page aux 24 Heures du Mans en créant sa propre structure, Racing for Holland, tout en continuant de piloter. Lancée en 2001, l’écurie va disputer les 24 Heures du Mans jusqu’en 2007 avec une Dome S101-Judd avec comme meilleur résultat une 6e place en 2003 avec Andy Wallace et John Bosch. « J’ai toujours su que cette Dome serait une bonne voiture. Nous étions l’équipe officielle et nous avions de très bons mécaniciens et ingénieurs. Nous avons été les premiers à convaincre Judd de s’engager avec des moteurs pour des courses d’Endurance. La relation avec Dome était bonne et nous avons même pu aligner une seconde voiture. Cependant, à deux reprises, une des S101 était bien placée, dans le top 6, lors de la dernière heure. Malheureusement, Tristan Gommendy (#16 avec Felipe Ortiz et Beppe Gabbiani en 2003) a eu un accident. Même chose avec Ralph Firman l’année suivante (#16 en 2004 avec Tom Coronel et Justin Wilson) suite à une grosse sortie de piste. Cette idée de Racing for Holland a bien fonctionné et a déclenché de l’enthousiasme autour de notre engagement. Cependant, économiquement, ce fut un vrai cauchemar et cela m’a presque détruit financièrement. Quand on est une équipe privée, avoir deux accidents comme ceux là, on ne s’en remet pas. J’ai vécu des moments vraiment difficiles. » Cette période est néanmoins couronnée par deux titres en FIA Sportscar (en 2002 et 2003).

Après l’arrêt de Racing for Holland, il a toujours envie de venir au Mans. En 2008, il roule pour le compte de Charouz Racing System avec une Lola 07/10 qu’il partage avec Klaus Graf et Greg Pickett. Malheureusement les trois hommes doivent abandonner suite à un problème moteur. Le Hollandais ne revient pas avant 2011 et cela se fait par le biais de la belle aventure Hope Racing qui aligne la toute première voiture Hydride aux 24 Heures du Mans. Il s’agit d’une ORECA 01 Swiss Hightech Hybrid qu’il partage avec Casper Elgaard et Steve Zacchia. Ce beau projet ne va cependant pas aller au bout avec un abandon à 4 h 55 suite à un début d’incendie. Bloqué à 22 participations, le Batave ne veut pas en rester là, son dernier objectif avant de raccrocher le casque étant d’arriver à 24 éditions des 24 Heures du Mans.

Son concept « patriotique » resurgit alors. Après Racing for Holland, voici « Racing Team Nederland ». En 2017, il est aligné sur une Dallara LMP2 en European Le Mans Series et aux 24 Heures du Mans. Il est accompagné en Sarthe par Frits van Eerd (le propriétaire des supermarchés Jumbo aux Pays Bas) et Rubens Barrichello, l’ancien recordman de participations à un Grand Prix de Formule 1 (323). Les trois hommes finissent 13e de cette édition. Jan Lammers est ravi de cette expérience avec un nouveau type de prototype. « C’est extrêmement agréable à piloter. La voiture me rappelle les F1 du début des années 80. Elle est impressionnante sur le plan de la sensibilité. A son volant, il est possible de compenser n’importe quel petit déséquilibre. On sent bien que chaque tour peut être bouclé comme une qualification. Dès que l’on fait un réglage, le temps au tour s’en trouve diminué. On peut pousser toujours plus… »

Cela tombe bien car il remet cela pour la dernière fois l’année suivante. Cette fois-ci, l’équipage est 100% hollandais tout comme l’équipe : Giedo Van Der Garde et Frits Van Eerd. Alors âgé de 62 ans, on peut penser que cela va être difficile pour lui, mais il tient son rang et affirme : « J’ai toujours aimé le sport. Je joue régulièrement au foot en salle, au golf et je cours. Les prototypes ont bien évolué en quarante ans. Ils sont infiniment plus confortables à conduire, cela n’a plus rien à voir. C’est aussi ce qui explique ma longévité. Quant à l’endurance, je ne ferai jamais plus qu’en 1988 : j’avais piloté treize heures, plus de la moitié de la course ! » La Dallara P217 LMP2 #29 voit le drapeau à damiers et franchit la ligne en 11e position au classement général. Mais au soir de ce dimanche 17 juin 2018, Jan Lammers ne revient pas sur sa décision. Cette 24e édition sera sa dernière. Jusqu’au bout, il a gardé la même motivation qu’à ses débuts, mais raccroche définitivement.Quand on lui demande à Jan Lammers si sa victoire aux 24 Heures du Mans 1988 reste son meilleur moment, il répond : « J’ai couru toute ma vie. Quand je repense à ma carrière, je ne me rappelle pas seulement mes victoires et mes podiums. Le sport automobile fait partie de ma vie et, à chaque fois que je suis revenu au Mans, j’en ai eu presque les larmes aux yeux. Ce lieu est tout simplement fantastique, le circuit juste incroyable. Le Mans appartient à un tout, dans ma carrière de pilote. J’ai aussi d’excellents souvenirs de mes années en Formule 1 dans les années 80 comme ma quatrième place sur la grille de départ du Grand Prix de Long Beach (sur une ATS Ford, abandon en course, ndlr) en 1980. Gagner les 24 Heures du Mans a été une étape importante pour moi tout comme mon titre en Championnat d’Europe de Formule 3 (en 1978). Ce sont des moments différents de ma carrière et il est difficile de les comparer parce qu’ils sont tous fantastiques. » 

Merci à Christian Vignon, Stéphane Cavoit, MPS Agency, Eric Fabre, Laurent Chaveau pour les photos…