Jack Leconte (Larbre Compétition) : « J’avais décidé de me limiter à un seul pilote belge »

Vous pouvez difficilement ouvrir une feuille de classement d’un championnat GT du dernier quart de siècle sans trouver trace d’une auto alignée par Larbre Compétition. Véritable machine à gagner, la structure de Jack Leconte était incontournable des podiums, le plus souvent sur la plus haute marche. Charismatique, peu enclin à parler dans les médias, Jack Leconte a su mettre sur pied une équipe qui a causé bien des cauchemars à la concurrence.

En 2001, Larbre Compétition disputait le championnat FIA GT avec ses Chrysler Viper GTS-R. Deux GT américaines étaient au départ des 24 Heures de Spa et à 16 heures, les deux Chrsyler ont fait le doublé. Christophe Bouchut, Marc Duez et Jean-Philippe Belloc ont devancé de 5 tours l’autre Viper de Sébastien Bourdais, Patrice Goueslard et Sébastien Dumez. A cette époque, l’annuel FIA GT titrait ‘Larbre qui cache la forêt’. Une suprématie sans appel pour l’équipe basée au Val de Vienne.

« Notre formation était celle qui avait le plus d’expérience des courses de 24 heures », rappelait Jack Leconte. « Nous avions déjà disputé 27 épreuves de ce genre, du Mans à Daytona en passant par d’autres courses de longue distance à Sebring, Suzuka et consorts. Nous savions donc que même si les voitures deviennent de plus en plus fiables, la mécanique doit être considérée de manière différente dans ce genre de contexte. »

Pour accompagner Christophe Bouchut et Jean-Philippe Belloc dans leur quête de championnat FIA GT, Jack Leconte a fait appel aux services de Marc Duez qui connaît le tracé ardennais comme sa poche.

En fin limier de l’endurance, Jack Leconte avait tout prévu : « Le tableau de marche avait été préalablement défini sur la base d’un pourcentage lui-même établi par rapport à notre niveau de performance pur. Cette stratégie devait nous suffire pour suivre le rythme global de la course et ne nous empêchait pas de demander à nos pilotes d’augmenter l’allure pendant 30, 60 ou 90 minutes au cas où il s’avérerait nécessaire de mettre la pression sur l’un ou l’autre rival. »

Une course d’endurance ne se déroule rarement sans une anicroche et pour Larbre Compétition, c’est une roue baladeuse qui a causé une belle frayeur à Jack Leconte qui mettait cela sur la défaillance d’un outil : « Nous n’avons plus rencontré le moindre problème dès que nous avons isolé le pistolet soupçonné de défaillance en matière de réglage de couple. » 

Bien loin de tout donner en essais, les pilotes Larbre Compétition ont suivi le tableau de marche établi par le patron : « Nous n’avons même pas participé à cette bataille des essais qui n’a duré que deux tours avant que la pluie ne fasse son apparition. Mais de toute façon, nous étions arrivés avec l’intention de nous consacrer exclusivement à la course. Pour deux raisons. D’abord, il n’était pas question de prendre le moindre risque de sortie de piste avant même le départ. Ensuite, nous n’avions emmené que nos mécaniciens de course parce que j’estime que changer un moteur dans les stands forts étroits de Spa, c’est prendre le risque de rencontrer pendant l’épreuve l’un ou l’autre petit problème susceptible  de se traduire par une obligation de rentrer au stand et par la perte de quelques minutes. Nous avons donc préféré travailler sur les réglages de la voiture en conditions de piste mouillée et sur tous les petits détails de confort du pilote. » 

Les pilotes Larbre Compétition n’ont pas forcé sur les vibreurs avec en plus des dépassements très réfléchis.

« Un tel forcing conduisait irrémédiablement nos adversaires à leur perte », expliquait Leconte. « Et je ne pense pas qu’à la voiture de Tassin, Hezemans et Bleekemolen. La sortie de piste de Martin ne m’a pas étonné davantage. Le fait que nous ayons été contactés par tant de pilotes belges avant la course est révélateur d’un état d’esprit. Entre Tassin, Bouvy, Defourny, Martin, Duez, van de Poele et consorts, il y a une réelle rivalité. C’est à celui qui sera le plus glorieux sur les terres ardennaises. J’avais donc prédit que la confrontation entre Carsport Holland et Belmondo n’allait pas manquer de piment. Et en effet, ils ont perdu deux voitures dans la bagarre. Erreur stratégique.Moi, j’avais décidé de me limiter à un seul pilote belge. » 

Contrairement à Carsport Holland, Larbre Compétition a monté les pièces fournies par ORECA. Le team néerlandais avait fait le pari d’une boîte séquentielle à six rapports fabriquée en Australie. La calandre était elle aussi revue et corrigée mais la FIA a obligé l’équipe à apporter une modification de dernière minute.

Pierre Dieudonné, qui travaillait à cette époque chez ORECA, résumait bien la situation : « Carsport Holland ne se contente pas de monter telles quelles les pièces que nous lui fournissons. Larbre Compétition, en revanche, a pris le pari inverse. »