Retour sur la carrière Endurance de Patrick Depailler disparu il y a 40 ans

Il y a 40 ans, le 1er août 1980, Patrick Depailler a perdu la vie dans la forêt de Hockenheim, à la suite d’une sortie de piste à 280 km/h dans l’Ostkurve, lors d’essais privés organisés par son équipe Alfa Romeo quelques jours avant le Grand Prix d’Allemagne. Il a eu une belle carrière en Formule 1 et a également pas mal roulé en Endurance, surtout aux 24 Heures du Mans où il n’a jamais eu beaucoup de chance…

Né à Clermont-Ferrand dans le Puy-de-Dôme, Patrick Depailler se tourne vite vers la moto, puis l’automobile, le superbe circuit de Charade, tout proche, l’aidant bien. Il gravit les échelons et, en 1971, il devient champion de France de Formule 3, remportant notamment le Grand Prix de Monaco F3. Il débute en Formule 1 le dimanche 2 juillet 1972 au sein de l’écurie de Ken Tyrrell en tant que troisième pilote. En 1974,il réalise sa première saison complète en F1 et remporte également le championnat d’Europe de Formule 2.

Il passe cinq saisons au sein de l’équipe Elf Team Tyrrell (1974 – 1978) et signe sa première victoire en 1978 lors du Grand Prix de Monaco au volant de la Tyrrell 008. Il passe chez Ligier l’année suivante et gagne à nouveau lors du Grand Prix d’Espagne. Toujours en 1979, il a un grave accident de deltaplane qui lui brise les jambes. Il est contraint de mettre un terme à sa saison et fait son retour en 1980 au sein de Team Alfa Romeo.

Côté Endurance, il a remporté le Tour Auto 1970 sur une Matra MS650 avec Jean-Pierre Beltoise et Jean Todt. Patrick Depailler a participé aux 24 Heures du Mans à huit reprises entre 1967 et 1978 à chaque fois pour des écuries françaises. Cependant, cette course ne lui a jamais porté chance car il ne voit jamais la ligne d’arrivée sauf en 1971, mais il n’est classé !

En 1967, il découvre les 24 Heures du Mans au sein de l’Écurie Salvin Calberson sur une Alpine A210 qu’il partage avec un certain Gérard Larrousse, futur double vainqueur. Les deux hommes doivent abandonner à la 17e heure sur souci de distribution. Il reste chez Alpine deux éditions supplémentaires : en 1968 avec Mauro Bianchi (Alpine A220 #27, abandon sur accident à la 22e heure) et en 1969 avec Jean-Pierre Jabouille (Alpine A220 #29, abandon sur problèmes moteur à la 18e heure).

1967 @Flickr The Henry Ford
1969 @Denis Briot‎ Club Jean Claude Andruet

En 1970, il rejoint l’Équipe Matra Simca où il pilote une Matra MS 650. Il retrouve son équipier de l’édition précédente, Jean-Pierre Jabouille (abandon sur problèmes moteur à la 18e heure). Pour l’édition suivante, il va chez Automobiles Ligier et roule avec son futur patron de F1 1979, Guy Ligier, sur une Ligier JS3. La voiture grimpe à la 5e place en course, mais trois heures sont nécessaires pour remplacer un roulement de boîte. Les deux hommes franchissent la ligne d’arrivée mais sont non classés. On peut revoir cette auto en courses historiques, comme à Le Mans Classic 2016 (ci-dessous).

Pas de 24 Heures du Mans 1972 pour le Français qui retrouve l’Équipe Matra Simca Shell, lauréate en titre, l’année suivante avec le débutant Bob Wollek. Les deux hommes font cause commune sur la Matra MS670 B #14 mais abandonnent suite à un souci de pression d’huile à la 8e heure.

Accaparé par sa carrière en F1, Patrick Depailler ne revient au Mans qu’en 1977. Il roule sur une Renault Alpine A442 (#8) de Renault Sport avec son futur coéquipier en F1 1979, Jacques Laffite… Les deux hommes furent les derniers du clan Renault à abandonner peu avant midi alors qu’ils étaient revenus à un tour de la Porsche 936 de Barth-Haywood-Ickx. Comme pour les deux autres A442 officielles, les pistons n’en pouvaient de cette trop longue ligne droite des Hunaudières.

En 1978, Patrick rejoint Jean-Pierre Jabouille (pour la troisième fois) sur le lièvre, l’A443 #1 de Renault Sport Elf. Cette auto possède un empattement plus long de 15 cm dans le but d’augmenter la vitesse de pointe et est dotée d’un V6 de 2140 cm³ conçu pour offrir plus de couple. Elle est la Renault la plus véloce avec ses 362 km/h. Après un flamboyant début de course puis de menus soucis (vibrations, pneus, freins) durant les premières heures, Depailler/Jabouille remontent, battent le record du tour et dominent largement les débats au petit matin du dimanche après les problèmes de boite de la Porsche 936 de Bob Wollek.

Vers 9 heures, Gérard Larrousse, le Directeur de Renault Sport, décide de baisser la pression de turbo afin d’économiser le V6. Est-ce cette modification, qui, comme l’a toujours pensé Jean-Pierre Jabouille, a mis à mal le moteur ? Toujours est-il qu’à 9 h 35, à la sortie du Mulsanne, Patrick Depailler est stoppé dans son élan, moteur bloqué !

On ne revit plus jamais le pilote français en Sarthe, fauché par cet accident de 1980 à Hockenheim. Il avait 35 ans.