Il y a 20 ans, Audi remportait sa première victoire au Mans

Il y a 20 ans, jour pour jour, Audi remportait la première de ses 13 victoires au Mans grâce à la victoire de la R8 de Tom Kristensen, Emanuele Pirro et Frank Biela. La firme aux quatre anneaux n’a pas oublié cette date et a passé en revue ses courses dans la Sarthe, en donnant notamment la parole à Tom Kristensen, sept fois vainqueur sur une Audi.

Tom Kristensen : « J’ai été invité à une réunion à Ingolstadt par le Dr Wolfgang Ullrich, alors patron d’Audi Motorsport, à l’automne 1999. Il m’a présenté à quelques-uns des ingénieurs et des mécaniciens d’Audi Sport et m’a montré un dessin de l’Audi R8. Tout de suite, j’ai dit que j’aimerais faire partie de l’équipe. Nous nous sommes serré la main, et ce fut la meilleure décision que j’ai prise en sport automobile.

J’ai essayé la voiture aux Etats-Unis en mars 2000 avant les 12 Heures de Sebring. C’était une auto intermédiaire entre la R8R qu’Audi avait fait courir en 1999 et la nouvelle R8. L’avant était encore celui de la voiture précédente, alors que l’arrière était celui de la R8, mais Frank Biela, Emanuele Pirro et moi-même avons gagné à Sebring avec elle, ce qui était très important.

Aux 24 Heures du Mans 2000, je faisais de nouveau équipe avec Biela et Pirro, et nous avions deux voitures sœurs – l’une avec Laurent Aïello, Allan McNih et Stéphane Ortelli, l’autre avec Christian Abt, Michele Alboreto et Rinaldo Capello. Le Dr Ullrich a fait preuve de beaucoup d’implication et de passion et il s’est assuré que nous travaillons tous bien ensemble et que nous partagions tous les informations. Il nous a garanti que nous partions tous à chances égales et qu’il n’y aurait jamais aucune aide de plus pour une équipe par rapport à une autre. Le Dr Ullrich faisait toujours son maximum pour créer une égalité de traitement et c’était très motivant, non seulement pour les pilotes, mais également pour les ingénieurs et les mécaniciens.

Certains ont dit qu’Audi avait pris une approche conservatrice avec la R8, surtout par rapport à quelques-unes des voitures les plus sophistiquées et plus -dirons-nous- exotiques qui ont suivi. La philosophie était : « s’il y a un problème, on doit être capable de le régler » et c’est comme ça que ça s’est passé à tous les niveaux. La priorité numéro un, c’était la fiabilité. Sans fiabilité, vous ne pouvez avoir confiance à cent pour cent dans votre matériel, et on ne peut pas être performant. C’était l’approche parfaite pour Le Mans. La R8 était la première LMP1 que je pilotais avec une direction assistée. J’avais l’habitude des directions lourdes qui demandaient un véritable effort pour prendre les virages, ce qui me donnait beaucoup de confiance. Cela m’a pris un peu de temps pour me faire à la légèreté de la direction de la R8, alors que Frank Biela en était très satisfait. Il disait : « ça vous donne des mains plus lestes et on peut contrôler la direction plus vite. Mais il a fallu un bon bout de temps avant d’avoir le bon set-up pour tout le monde car les impressions des pilotes étaient différentes. Finalement, c’est devenu plus souple et plus progressif et, en fin de compte, nous en étions tous contents.

Emanuele Pirro, Tom Kristensen, Frank Biela

Nous avions des petits soucis avec les freins et on a dû changer les disques et les plaquettes. La voiture était très rapide, mais pour cette première année, le V8 double turbo avait beaucoup de délai de mise en route, suivi d’une réponse très agressive. C’était comme une bombe à retardement -rien, rien et soudain BOOM ! Ça s’est amélioré l’année suivante quand Audi a adopté le système FSI qui injectait le carburant directement dans la chambre de combustion. C’était très utile pour la souplesse de fonctionnement du moteur, ce fut aussi beaucoup plus efficace et ce fut un excellent développement pour les voitures de série. La première R8 avait également beaucoup de sous-virage. Donc, vous aviez une voiture avec un temps de réponse brutal qui était réglée pour être mieux et plus régulière au fur et à mesure que les pneus s’usaient mais qui, en conséquence, était plutôt nerveuse et sensible avec des pneus neufs.

Dans une LMP1, on va à la vitesse d’un petit avion et on essaie de la coller au sol. On doit toujours être en alerte. Les voitures sont très agressives quand on les conduit à la limite. Si on est tout seul sur la piste, c’est très bien, on peut être calme. Mais dans le trafic ou dans des luttes serrées avec nos concurrents, on doit toujours faire attention aux problèmes aérodynamiques provoqués par le sillage des autres voitures, qui peuvent beaucoup déstabiliser la vôtre. Ces choses-là ne sont pas visibles, mais elles peuvent être assez dramatiques, et si vous ne les anticipez pas, vous pouvez être sûrs de sortir de la piste quand ça va arriver.

On tenait la tête vers la fin de la course de 2000. Frank Biela était cool comme toujours -aussi longtemps qu’on lui laissait le temps de fumer sa cigarette. Il était en forme, il était fort, il était calme. Emanuele restait toujours Italien – toujours émotif, prêt à fêter la victoire avant la fin, chose que je détestais. Vous diriez peut-être que mon approche était pessimiste, mais je voulais rien -pas de poignées de main- avant le drapeau à damier. 

A 30 minutes de l’arrivée, le Dr Ullrich a gelé l’ordre du classement, et nous avons terminé un, deux et trois. Et les couleurs des voitures étaient rouge, jaune et noir, comme les couleurs du drapeau allemand.

L’Audi R8 a gagné quatre courses en plus aux 24 Heures du Mans et j’ai fait partie de l’équipage victorieux à chaque fois. On pouvait gagner dans cette voiture au Mont-Tremblant au Canada, à Mid-Ohio, Sebring et Laguna Seca aux Etats-Unis, à Donington au Royaume-Uni, à Jarama en Espagne et au Mans en France. On pouvait gagner avec la R8 sur plein de circuits différents à travers le monde.

A chaque fois que la voiture allait au garage après une course, elle revenait toujours plus forte, d’une manière ou d’une autre. C’était comme ça chez Audi. Il y avait toujours une compétition pour voir qui allait trouver des idées et alors on s’en servait pour voir ensemble comment on pouvait améliorer. Et, chaque année, en tant que pilotes, nous étions très motivés pour gagner, même avant d’aller à la cérémonie dans le quartier Saint-Nicolas et de mettre nos empreintes dans la plaque de bronze qui célébrait la victoire de l’année précédente. »