Hugues de Chaunac : « La seule fois où j’ai eu envie de jeter l’’éponge ! »

En 2005, Hugues de Chaunac et ORECA alignaient une Audi R8 pour la gagne aux 24  Heures du Mans. Stéphane Ortelli, Jean-Marc Gounon et Franck Montagny avaient le potentiel pour s’imposer mais Le Mans en a décidé autrement. Le patron du Groupe ORECA est revenu sur l’édition 2005.

« Il s’agit certainement de l’édition des 24 Heures du Mans où j’ai le plus souffert avec une auto engagée par ORECA. Après cette course en 2005, j’ai beaucoup gambergé. C’est la seule fois où j’ai eu envie de jeter l’éponge, tout simplement !

« A l’époque, il y avait une fenêtre pour gagner les 24 Heures du Mans. Audi n’engageait pas de R8 « officielles » et confiait ses voitures à des équipes qui avaient le soutien d’une antenne nationale. Il y avait une vraie chance de décrocher la victoire et, avec Audi France et Playstation, j’avais convaincu Audi Sport de fournir à ORECA une des trois R8 disponibles cette année-là. La voiture était parfaite, même si le règlement n’était pas en sa faveur. On savait qu’on pouvait gagner. D’ailleurs Tom Kristensen et ses coéquipiers l’ont fait.

« Nous avions préparé cette course comme des fous en terme d’intervention mécanique ou pit-stop. L’auto était telle que nous avions pu nous concentrer sur tout ce qui pouvait être fait à côté. En 2005, nous avions aussi franchi un vrai palier au niveau marketing et communication. Les attentes étaient importantes et nous considérions cet engagement comme un nouveau Défi Le Mans, comme nous avions pu le faire quelques années auparavant. C’était l’année pour gagner, j’en étais convaincu !

« Nous étions partis de la cinquième place sur la grille, ce qui était plutôt pas mal compte tenu de la réglementation de l’époque. Et puis, alors que la course était partie depuis cinq ou six heures je crois, un triangle de suspension casse ! La chose qui n’arrive jamais sur une Audi. Il s’avère que suite à un défaut, le capot avant frottait sur le triangle qui avait fini par casser. Nous avons réparé en moins d’un quart d’heure, mais nous avions dit adieu à la victoire.

« Il restait environ 18 heures de course à faire, sans aucun espoir de gagner et, en 2005, seule la première place nous intéressait. Je n’ai pas abandonné mes troupes, mais j’ai vécu mon plus mauvais Le Mans. Tout le monde s’était tellement investi dans ce projet… C’était un peu comme une équipe de foot qui vise la finale de la ligue des champions et qui se fait éliminer au premier tour. La frustration était énorme et, un peu bêtement, je m’étais vraiment rendu malade avec cette histoire.

« Après la course, j’étais parti tout seul en voiture, sans donner de nouvelles à personne pendant trois jours. J’avais besoin de couper de tout. De faire le point. La déception a passé ensuite, notamment après la victoire à Silverstone en fin de saison. C’est lors de ces deux moments que le lien s’est créé avec le Docteur Ullrich. D’une part durant la course. Il était venu nous voir, désolé de ce qui s’était passé et surpris par l’état dans lequel nous étions. Il était venu nous consoler et avait eu une attitude très humaine. Ensuite à Silverstone, où nous avions fêté, ensemble, la dernière victoire de l’Audi R8 en Europe. Les émotions étaient complètement différentes ce jour-là, mais c’est bien quelques mois avant, dans la difficulté, que notre amitié était née. »