Histoire de châssis : la Courage C65, part 2…

24h du Mans 2004

En 2004, deux teams font confiance au châssis sarthois : Paul Belmondo Racing qui engageait jusque-là des Chrysler Viper et Epsilon Sport, équipe bien connue en monoplace.

Ce sont donc 5 Courage C65 qui se présentent à la journée Test des 24 Heures du Mans le 25 Avril 2004. Les deux voitures officielles sont confiées à Christophe Tinseau, Jean-Marc Gounon, Jonathan Cochet (31) et Marc Goossens, Jean-Philippe Belloc et Alexander Frei (33). Chez Epsilon, on fait confiance à Jesus de Villaroel, Lucas Lasserre (34) et Gunnar Jeannette, Renaud Derlot (35). En fait, ces 4 voitures sont engagées grâce à la rencontre durant l’intersaison d’une personne représentant des intérêts au Moyen Orient qui souhaitent investir dans le sport automobile. Elles sont toutes les 4 équipées du moteur JPX.

Chez Paul Belmondo Racing, on a préféré opter pour le moteur AER. Ce fameux 2 litres 4 cylindres qui équipait les MG officielles. Cette Courage est pilotée par Paul Belmondo, Claude-Yves Gosselin et Marco Saviozzi.

Malgré de récurrents problèmes moteur, la 31 réussit à effectuer le meilleur temps du LMP2. Mais tant chez Courage que chez JPX-Mecachrome, on mesure tout le travail à effectuer pour faire un bon résultat aux 24H voire même pour tenter de voir l’arrivée.Hélas, l’association avec JPX-Mecachrome tournera court. L’argent tardant à arriver via ce représentant d’intérêts au Moyen-Orient, Courage découvre au final que cela relève plutôt de l’escroquerie. JPX se retire et la vie de Courage Compétition est en danger. Ne s’avouant pas vaincu, Yves Courage prend rapidement plusieurs décisions. Tout d’abord, une des C65, la 33 sera retirée de la liste des engagés. Le moteur AER 2 litres remplace le moteur sarthois. Et quelques pilotes restent sur la touche. Ainsi, la 31 sera pilotée par Jean-Marc Gounon, Alexander Frei et Sam Hancock. Ces deux derniers amenant avec eux un budget bienvenu dans ces conditions. Désirant certainement faire table rase de cette mauvaise histoire, Courage abandonnera son traditionnel bleu pour arriver au Pesage avec une voiture rouge.

Chez Epsilon, on prend aussi le taureau par les cornes. La 35 est forfait et la 34 utilise une version américaine du JPX appelée Williamson. Cette voiture sera finalement confiée à Gunnar Jeannette, Gavin Pickering et Renaud Derlot.

Aux essais qualificatifs, voulant confirmer le potentiel de la C65, Jean-Marc Gounon réalise un 3mn41s126 qui place la Courage officielle en 12ème position sur la grille….et surtout qui pose un problème à l’ACO. En respectant la limitation maximale de temps pour être qualifié, aucune autre LMP2 ne peut prendre le départ. Le collège des commissaires devra accepter les autres voitures à titre exceptionnel. En 2005, le règlement sera modifié pour ne plus être confronté à ce problème.

Petite anecdote pendant ses essais. Sam Hancock découvre quasiment la voiture le mercredi soir des essais. Pour ceux qui le connaissent, il est assez grand et n’est pas très à l’aise dans la monocoque de la C65. Notamment au niveau des pieds. Il se plaint d’avoir du mal avec les pédales car le haut de sa chaussure heurte le haut de la coque.

En expliquant cela à Jean-Marc Gounon, ce dernier n’ira pas par quatre chemins. Il récupérera une scie et coupera le bout des chaussures de son collègue anglais. L’image de Hancock attendant de monter dans la voiture avec les orteils à l’air fera le tour du paddock.

Au départ de la course, le pilote français continuera son festival débuté aux essais. Dans la soirée, la C65 pointera même jusqu’en 4ème position avant de devoir, malheureusement, abandonner vers 2h du matin sur casse moteur.

Même si la déception était de mise, Courage avait réussi son pari en prouvant la compétitivité de sa voiture.

Pour les deux autres C65 engagées, le résultat sera, malheureusement, identique. La Paul Belmondo Racing devra abandonner suite à un accident alors que celle de Epsilon connaitra très rapidement des problèmes moteur.

Alors que la C65 avait manqué les 1000kms de Monza pour les raisons évoquées plus haut, Courage décide de participer à la fin du championnat Le Mans Series officiellement et se présente aux 1000kms du Nurburgring en juillet. La C65 officielle, qui a récupéré le n°13, est pilotée par le même équipage qu’aux 24H. Paul Belmondo Racing est également présent.

Tant aux essais qu’à la course, tout se passe à merveille pour la Courage n°13. L’équipage survole la catégorie d’autant plus que l’autre C65 a abandonné sur un problème de boite de vitesses. Mais c’était sans compter sur des conditions climatiques qui allaient évoluer et envoyer Sam Hancock en tête-à-queue à la fin de la ligne droite des stands. Le pilote anglais galère pour redémarrer la voiture. Il doit même descendre de la voiture et enlever le capot arrière pour tenter de relancer le moteur AER. Pendant ce temps-là, la WR de Jean-Bernard Bouvet et Jean-René de Fournoux s’envole vers la victoire…pour une courte durée. En effet, la barquette à moteur Peugeot est déclarée pour une boite à air non-conforme et Courage récupère la victoire sur tapis vert.

Les Le Mans Series ont ensuite rendez-vous à Silverstone à la mi-août. Depuis Silverstone, Courage Compétition a été contacté par un gentleman driver américain, John Macaluso, qui participe à l’ALMS avec son team Miracle Motorsports. Il souhaite acquérir une C65 et l’engager à Road America qui est… une semaine après Silverstone. Courage ne disposant pas de voiture montée, tout est mis en place pour que la voiture puisse s’envoler vers les USA dès le meeting de Silverstone terminé. L’équipe a prié tout le week-end pour qu’il ne passe rien sur la C65. Pole position et victoire, en terminant 7ème au général, le chassis n°9 ne pouvait pas terminer de meilleure manière sa carrière européenne.

Paul Belmondo Racing, également présent, abandonnera sur une casse moteur.

Dans la foulée de Silverstone, la C65, qui porte le n°10, effectue ses premiers de roues en American Le Mans series sur le mythique circuit de Road America. Comme en Europe, la Courage réalise la pole position dans une catégorie où il semble qu’une seule Lola Judd, celle de Intersport Racing, soit capable de donner la réplique à la voiture française. La C65 est confiée à John Macaluso, James Gue et Ian James. La course est un long fleuve tranquille et la Courage n°10 remporte sa catégorie et termine 5ème au général.

Spa marque la finale des Le Mans Series 2004. Courage dispose d’un nouveau chassis et peut largement prétendre au titre bien qu’ayant manqué Monza. La C65 officielle est pilotée par Jonathan Cochet, qui remplace Jean-Marc Gounon parti chez Pescarolo, Sam Hancock et Alexander Frei. Après avoir réalisé la pole position de la catégorie, la Courage rouge, en terminant 4ème au général mais surtout en gagnant la catégorie s’envole vers le titre en LMP2, le premier pour la marque française.

Paul Belmondo Racing confirme la bonne performance de la voiture en prenant la seconde place.

L’équipe Miracle Motorsports a rendez-vous à Atlanta pour Petit Le Mans avec sa Courage. La voiture est confiée au même trio qu’à Road America. Malheureusement, après s’être fait chiper la pole par la Lola Intersport pour quelques centièmes, la C65 doit se retirer sur problèmes électriques. Bien qu’elle n’ait pas franchi la ligne d’arrivée, elle est quand classée à la 28ème place.

Cette saison 2004 se termine à Laguna Seca avec une course de 4 heures. La Courage C65 Miracle y est engagée pour son trio de pilotes habituel. Le proto français réalise la pole position mais doit abandonner sur accident bien qu’étant classé 20ème.

Bien que cette saison 2004 n’ait pas débuté de la meilleure manière, Yves Courage a finalement réussi à remplir ses objectifs en prouvant la compétitivité de son nouveau petit proto. Depuis la finale des Le Mans Series, beaucoup de teams se sont intéressés à la C65 et l’hiver s’annonce studieux du côté du Technoparc du circuit des 24 Heures pour pouvoir fournir les différents teams européens et américains qui ont passé commande.

Une chose est d’ores et déjà certaine. Courage sera présent en force sur les grilles de départ 2005. Si le constructeur sarthois s’interdit de s’engager face à ses clients, il est maintenant acquis que Courage Compétition fera son retour dans la catégorie LMP1.