Hiroshi Fushida (Dome) : “Être au Mans, un rêve qui se réalisait”

Hiroshi Fushida est surtout connu actuellement pour ses fonctions de Président de la firme japonaise Dome dont il a abandonné la présidence en 2016, ayant atteint l’âge de 70 ans. Ce dont on se souvient moins, c’est qu’il a couru au Mans en tant que pilote à trois reprises, en 1973, 1975 et 1981 et qu’il a également fait de la Formule 1. Fushida-san a gentiment accepté de répondre à quelques questions alors qu’il reste bien présent dans les différents paddocks. Il suit notamment de près les meetings de l’Asian Le Mans Series.

Fushida-san, peu de pilotes japonais – vous-même, Hideki Noda, Shinji Nakano, Yojiro Terada et Keiko Ihara – sont membres du Club des Pilotes des 24 Heures du Mans. Pouvez-vous l’expliquer ? Est-ce important pour vous d’être membre du Club ?

« Je pense que la plupart des pilotes japonais ont seulement participé aux 24 Heures du Mans une seule fois ou un peu plus seulement ! En raison de l’éloignement du Japon, ils ne se sont pas impliqués après leur participation et donc n’éprouvent pas le besoin d’être membre du Club. Quant à moi, vous savez que j’ai été concerné par Le Mans non seulement en tant que pilote mais également en tant que directeur d’équipe mais aussi de constructeur. C’est donc important d’être membre du Club des Pilotes et j’en suis fier. »

Vous avez couru au Mans trois fois. Étiez-vous venu au Mans auparavant ? L’épreuve était-elle telle que vous l’imaginiez ou était-ce très différent ?

« Non, en 1973, c’était ma première visite au Mans et c’était donc en tant que pilote. J’avais seulement des informations limitées sur Le Mans grâce aux magazines, nous n’avions pas Internet à l’époque. L’information la plus utile était le film « Le Mans » avec Steve McQueen. Ce long métrage m’a fourni beaucoup de précieux renseignements ainsi que de bonnes images pour mon entraînement. J’étais ravi et heureux d’être au Mans pour la première fois en 1973, c’était un rêve qui se réalisait. J’avais un très fort désir de courir ailleurs qu’au Japon depuis que j’avais commencé ma carrière de pilote. J’ai couru aux USA en 1970 et en 1971, j’ai fait les 1000 km de Bathurst en 1975 et j’ai été engagé deux fois en Formule 1 en 1975, dans les Grand Prix des Pays-Bas et de Grande-Bretagne, avec une Maki, une F1 japonaise à moteur Cosworth, et donc les 24 Heures du Mans en 1973, 1975 et 1981. »

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Pouvez-vous partager avec nous votre première expérience du Mans en tant que pilote ? Qu’avez-vous pensé du circuit qui n’avait pas de chicanes dans les Hunaudières à l’époque ? 

« C’était complètement différent des autres circuits, mais très agréable. La longue ligne droite était fascinante, mais je n’étais pas effrayé par la vitesse maximale car notre voiture n’était pas très rapide sur les Hunaudières, mais je devais faire très attention quand d’autres voitures très rapides me dépassaient, particulièrement la nuit. »

A l’époque, vous couriez en prototype au Japon. Était-ce très différent des courses en Europe ?

« A cette époque, les courses japonaises étaient très populaires et attiraient beaucoup d’attention de la part du public, mais la plus grande différence avec Le Mans était l’histoire du Mans, son environnement et toute son alchimie. »

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Est-ce que Le Mans était aussi populaire que maintenant au Japon ?

« Oui, même s’il y avait moins de participations de la part des équipes et des pilotes, alors qu’il n’y avait pas de couverture télévisée en direct. »

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos trois courses au Mans et des voitures que vous y avez pilotées ?

« En 1973, ma première voiture, la Sigma MC73 Mazda, n’était pas trop mal, c’était une fantastique performance pour notre première participation puisque nous nous étions qualifiés en 14ème position avec Tetsu Izakawa et Patrick Dal Bo. Malheureusement, à cause des vibrations du moteur rotatif, nous avons cassé l’embrayage pendant la course. »

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En 1975, la voiture, une Sigma MC75 Toyota, n’était pas bien, nous avions de nombreux problèmes, notamment de moteur. Nous ne nous étions pas qualifiés mais Harukuni Takahashi zr moi avons pu prendre le départ en raison du forfait des Ferrari du NART.

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En 1981, la voiture, une Mazda RX-7 que je partageais avec Win Percy et Yojiro Terada, était agréable à piloter, les performances étaient bonnes, mais nous avons dû abandonner en raison de problèmes mécaniques, essieu arrière cassé. »

Vous avez couru avec une Sigma à moteur rotatif. La conduite était-elle différente par rapport à un moteur conventionnel ?

« Le pilotage avec le moteur rotatif n’était pas très différent de la conduite avec un atmosphérique, mais le moteur était trop bruyant, nous avions beaucoup de protestations de la part des stands qui étaient voisins des nôtres ! »

Vous êtes venu au Mans en tant que pilote et aussi en tant que constructeur. Les sensations sont-elles les mêmes ?

« Les sensations étaient identiques, j’ai toujours été heureux d’être de retour. La participation en tant que pilote a toujours été très facile, en tant que Team Manager ou en tant que constructeur, il y a beaucoup plus de travail à faire pendant toute la durée de l’épreuve. Pour Dome, participer aux 24 Heures du Mans, c’était donc un type de challenge technique très important. »

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