Henri Pescarolo : Mes 24 Heures du Mans 2000

Après les 24 Heures du Mans 1970, 1980 et 1990, Henri Pescarolo revient aujourd’hui sur les 24 Heures du Mans 2000. Cette édition était la première où il n’était pas au Mans en tant que pilote, mais en tant que patron de sa propre structure, Pescarolo Sport.

Pour cette première aventure, Pescarolo Sport partait avec un matériel exclusivement franco-français : une Courage C52, un moteur Peugeot SODEMO A32 (V6 Turbo 3,2l), des pneumatiques Michelin et trois pilotes tricolores : Sébastien Bourdais, Olivier Grouillard et Emmanuel Clérico.

La réussite allait être au bout, le trio se classant quatrième de ces 24 Heures du Mans, épreuve remportée par Tom Kristensen, Emanuele Pirro et Frank Biela sur l’Audi R8 #8 d’Audi Sport Team Joest ; Audi et Joest, deux noms qui ont jalonné la carrière de Henri Pescarolo. La marque aux anneaux remportait au Mans la première de ses 13 victoires.

Henri, c’était donc votre première édition en tant que patron d’équipe.

« Oui, je m’étais fait en quelque sorte éjecter de la Filière d’une façon pas très orthodoxe. En 1999, j’avais engagé une Courage C50 sous le nom de Pescarolo Promotion Racing Team. On était parti d’une Courage C41 pour la transformer en Courage C50 avec un moteur Porsche. C’est d’ailleurs la seule C50 qui ait jamais couru. C’est dans le courant de l’année que j’ai commencé à penser qu’il fallait peut-être passer à autre chose, même si pendant ces 24 Heures 1999 je ne pensais pas encore arrêter ma carrière de pilote. »

Comment s’est fait le choix du moteur Peugeot ?

« Au départ, ça a été un peu le hasard. Au Salon de Genève, j’ai vu le moteur que SODEMO avait construit sur la base du moteur PRV (Peugeot-Renault-Volvo) et je l’ai trouvé très intéressant. Renault avait arrêté l’endurance après sa victoire, sinon ils auraient pu prendre ce moteur.

J’ai parlé du moteur et du projet à Frédéric Saint-Geours qui était, à l’époque, Directeur Général de Peugeot. Il a été d’accord et nous avons donc pu l’installer. »

Nouveau moteur, mais aussi nouvelle voiture…

« Oui, avec Yves Courage, nous étions voisins au Technoparc et nous nous entendions bien. J’avais souvent piloté ses voitures au Mans, notamment les six années précédentes. Ses autos étaient toujours bien construites, c’est dommage qu’elles n’aient pas toujours eu le bon moteur.

Yves avait un concepteur de toute première grandeur, Paolo Catone, qui savait faire une voiture et on pouvait avoir confiance dans les Courage. Pour la C52, le moteur Nissan n’était pas possible à cause de l’arrêt de la collaboration entre Courage et Nissan, et je cherchais un moteur fiable et puissant. Le moteur Peugeot SODEMO , qui faisait à peu près 500 chevaux, me semblait bien et je n’ai pas regretté de l’avoir choisi. »

Responsable de Pescarolo Sport, c’était un grand changement ?

« Complètement. A la Filière, j’avais développé une bonne expérience de la gestion des hommes et pendant les 24 Heures du Mans où j’étais pilote tout en assurant la gestion technique, je m’étais un peu préparé à diriger complètement une équipe. Mais c’était en fait autre chose car il fallait gérer aussi de près la partie administrative. Ce qui était le plus difficile, qui prenait beaucoup de temps et un peu la tête aussi – je crois que c’est toujours le cas maintenant-, avec la partie financière.

Rechercher un budget et des sponsors, c’est pratiquement un travail à plein temps qui s’ajoutait au reste et c’était très dur, surtout nerveusement. Ceci dit, j’avais avec moi une très bonne équipe. Quand je suis parti de la Filière, heureusement des gens très compétents m’ont suivi, notamment un excellent ingénieur, Jérôme Babarit, qui s’occupait de la F3 à la Filière »

Côté pilotes, c’était parfait…

« Tout à fait. J’avais deux champions de France de F3, Olivier Grouillard et Sébastien Bourdais (champion 1999 avec la Filière) et un Vice-Champion F3, Emmanuel Clérico. Emmanuel, j’avais couru avec lui en 1997 et Olivier Grouillard était un de mes coéquipiers en 1998, à chaque fois avec une Courage C36. Donc, je les connaissais bien et je savais ce qu’ils valaient. Sébastien, pour l’avoir côtoyé longtemps à La Filière, je savais aussi son talent. Les pilotes de F3 de La Filière, tu les mettais dans une F1 et ils étaient tout de suite compétitifs. En plus, si tu les mettais dans un proto, ils savaient aussi faire dans une course d’endurance.

Tous les trois, ils ont été très bons et très sérieux dans cette course, avec un beau résultat au bout. A part les trois Audi, on avait quand même battu les autres protos, y compris les Panoz, les Cadillac, les Lola ou les Reynard. Les pilotes sont partis prudemment et sont remontés dans le classement régulièrement pour être dans les premières places. On a eu un petit problème mécanique le dimanche matin, mais on a réglé ça et on a tenu sans problème jusqu’à l’arrivée . »

Merci à Christian Vignon pour ses photos.