Gregor Fisken (part 1) : « Ce jour-là, je me suis dit que je ferais un jour Le Mans ! » 

Gregor Fisken est très connu dans le monde du Classic. En effet, il possède une entreprise, Fiskens Fine Historic Automobiles, qui vend des voitures anciennes de route comme de compétition. On voit très souvent son imposant stand à Rétromobile. Ce véritable amoureux des voitures (anciennes) a aussi une vraie passion pour les 24 Heures du Mans. Ce que l’on sait peut-être moins, c’est qu’il a disputé la classique mancelle à quatre reprises, sur quatre autos différentes et dans quatre catégories ! Nous avons rencontré le collectionneur britannique au Concours d’Elégance de Chantilly en juin dernier.

Les 24 Heures du Mans a toujours été un de ses rêves, depuis qu’il est gosse. « Quand j’étais enfant, je suis allé aux 24 Heures du Mans avec mon papa à bord d’une Bentley 6.5 litres ! Cette année là, on fêtait un anniversaire lié à la marque. Il y avait une parade Bentley et nous avons fait un tour de circuit avant la course. J’étais à l’arrière avec mon frère, nous adorions cela, on lui disait « go, go, go papa » tandis que ma mère n’arrêtait pas de répéter à mon père de ralentir (rire). Je me rappelle le Tertre Rouge, les arbres dans la ligne droite des Hunaudières, le virage de Mulsanne. C’était fantastique pour moi qui avais déjà lu pas mal de livres sur Le Mans. Ce jour-là, je me suis dit que je ferais un jour cette course. » 

On dit souvent que les rêves se réalisent. Ce fut le cas pour lui puisqu’un jour, il décide de sauter le pas et d’y participer. Cela se déroule en 2004 sur une Porsche 911 GT3 RSR #81 engagée par The Racers Group. « Je m’en rappelle très bien. Nous étions trois débutants (il était associé à Lars Erik Nielsen et Ian Donaldson, ndlr). Notre but était simple : juste finir. Par contre, nous n’avions pas prévu de passer la ligne d’arrivée à la 18e place au classement général et 6e de notre catégorie GT. Nous avions pris la décision avant le départ de partir avec la boite de vitesses manuelle car nous savions que les Porsche étaient plus sensibles à ce niveau là. Nous pensions aussi que les autres, avec leur boite séquentielle, auraient des soucis, mais ce ne fut pas le cas. Ce fut une édition inhabituelle car peu de voitures ont connu de problèmes (sur les 17 autos de cette classe, seulement 6 ont abandonné, ndlr). Le rythme était vraiment très élevé et je pense que, sur une édition plus classique donc plus cassante, nous aurions été en mesure de monter sur le podium. Mais un Top 6 pour trois rookies, c’était déjà un bel exploit pour nous. Je me rappelle, à une heure de l’arrivée, j’étais dans la voiture et j’ai manqué une vitesse. Il y a eu un surrégime et j’ai demandé à la voiture : « s’il te plait, pardonne-moi, ne casse pas ! » Et nous sommes allés jusqu’au bout. »

Il est trop tard, Greg Fisken est « contaminé ». Il remet cela dès l’année suivante, mais change de catégorie. Il s’engage en LMP2 et pilote une Lola B05/40 de l’équipe Intersport Racing. « Je suis retourné au Mans dès l’édition suivante avec Sam Hancock et une super fille, Liz Halliday. Elle a très bien piloté et Sam a été fantastique. A une heure du matin, nous menions la catégorie LMP2. Il faisait particulièrement chaud cette année-là au Mans, la voiture était géniale à piloter, il faisait bon dans l’auto. A un moment, je me suis dit : « waouh, ici, c’est le paradis, il n’y a pas d’endroit meilleur que celui-là. » Malheureusement, j’ai commencé à entendre un bruit. J’ai d’abord cru que c’était l’échappement, mais, en fait, c’était le moteur AER qui faisait des siennes. A deux heures du matin, nous avons dû abandonner. Nous étions tellement déçus parce que nous avons vraiment cru que nous allions gagner notre catégorie. A cette époque-là, les LMP2 n’étaient pas aussi fiables que maintenant. Cependant, la voiture, le châssis étaient fantastiques. Le moteur était excellent, mais n’était pas approprié pour des courses d’endurance. »

Une nouvelle année, une nouvelle catégorie. 2006 est synonyme de catégorie reine pour l’Ecossais. Il roule sur une Courage LC 70 (#12) avec Sam Hancock et Alexander Frei. « Ce fut un véritable honneur d’être invité par Yves Courage. Là aussi, la voiture était fantastique, mais, par contre, nous n’avions pas la meilleure boîte de vitesses, nous avions le moteur Mugen Honda et les pneus Yokohama. En gros, pas le meilleur package imaginable. En course, nous avons eu, pour commencer, un souci de pneu, puis un problème au niveau de la suspension au niveau du Dunlop ce qui fait que j’ai dû faire un tour complet sur trois roues. Plus tard, nous avons de nouveau dû rentrer sur trois roues à cause d’une crevaison à l’arrière. La voiture avait beaucoup de vibrations, mais cela ne nous a pas empêché d’être 6e en début de course. Cependant, nous avons dû abandonner à 9 heures du matin sur un souci moteur. Cette saison-là, je faisais aussi les Le Mans Series pour Courage Compétition. Je roulais avec Jean-Marc Gounon. Nous avons été 3e, parfois 2e, parfois en tête de course, mais nous avons toujours eu des problèmes avec la voiture et souvent la boîte de vitesses. Notre meilleur résultat a été une 4e place à Donington. Je n’ai absolument aucun regret. Ce fut un honneur de courir pour quelqu’un comme Yves Courage, vraiment un grand homme. Il y avait un superbe état d’esprit au sein de l’équipe, tous les membres, les mécaniciens étaient fantastiques. Ils faisaient ce qu’ils pouvaient, mais il fallait prendre en compte des diminutions de budget.»

A suivre…