Focus sur une Jaguar XJR-9 / XJR-12 qui a fait quatre fois les 24 Heures du Mans

La voiture dont nous allons vous parler aujourd’hui a apporté pas mal de succès à Jaguar. Elle a disputé les 24 Heures du Mans à quatre reprises entre 1988 et 1991, deux en version XJR-9, deux en XJR-12. A cette époque, Jaguar et l’équipe TWR (Tom Walkinshaw Racing) dominaient le Group C comme en attestent les victoires aux 24 Heures du Mans 1988 et 1990, les succès aux 24 Heures de Daytona 1988 et 1990 ainsi que les titres en Championnat du monde des voitures de sport 1987 et 1988 (1991 étant signé avec une WSC).

Gary Pearson est maintenant le pilote de la Jaguar XJR-12 qui nous intéresse aujourd’hui. Il faut savoir qu’avant d’être une XJR-12, elle a donc eu une « première vie » en tant que XJR-9 avec un beau palmarès comme il nous l’explique. « La démonstration de TWR à la fin des années 80 était vraiment très belle à voir. J’ai demandé à Martin Brundle s’il voulait conduire cette voiture à la Goodwood Speedweek car c’était celle qui lui a permis de remporter le championnat du monde en 1988. Eddie Cheever et lui ont remporté cinq courses du championnat avec cette auto. Il s’agissait alors d’une XJR-9. C’était aussi une XJR-9 en 1989. En 1990, elle est devenue une XJR-12 et a été utilisée au Mans de 1990 à 1991. Il a terminé deuxième en 1991 derrière la Mazda. »

Revenons donc un peu en arrière. En effet, en tant que XJR-9 (châssis 588), elle a débuté aux 800 kilomètres de Jerez aux mains de Martin Brundle et Eddie Cheever, mais les deux hommes n’ont pu finir, victimes d’un souci de boîte de vitesses. Une semaine plus tard, ils rectifient le tir et remportent les 360 kilomètres de Jarama. Ils vont par la suite accumuler quatre autres succès (1000 km de Monza, 1000 km de Silverstone, les 1000 km de Brands Hatch avec Andy Wallace en remplacement d’Eddie Cheever et John Nielsen et les 1000 km de Fuji avec John Nielsen). Cela permit à Jaguar d’être à nouveau titré (après 1987) avec plus de 75 points d’avance sur Team Sauber Mercedes. Martin Brundle est sacré champion du monde seul, Eddie Cheever ayant raté quelques manches. Cette auto est celle qui se trouvait sur l’affiche des 24 Heures du Mans 1988…

Aux 24 Heures du Mans 1988, elle est engagée (#1) par TWR pour Martin Brundle et John Nielsen au volant (voir photo ci-dessous). Qualifiée 4e sur la grille de départ (3 :21.780), elle perd six places après deux heures de course suite à une excursion hors piste du Danois. Les deux hommes adoptent un rythme très soutenu la nuit et remonte à la 2e place à 7 heures de l’arrivée, profitant des soucis de la Porsche 962 C #17 officielle. Mais à deux heures du but, un joint de culasse lâche !

En 1989, elle garde son numéro #1, mais change de pilotes avec cette fois-ci le nouveau vainqueur des 24 Heures du Mans 1988, Jan Lammers, et le Français Patrick Tambay. Malheureusement, la domination de Sauber Mercedes, qui va d’ailleurs remporter les 24 Heures du Mans et le Championnat du Monde, est telle que notre Jaguar XJR-9 ne remporte aucune course, devant se contenter d’une 2e place à Jarama comme meilleur résultat.

Aux 24 Heures du Mans, elle est confié à l’équipage habituel plus Andrew Gilbert Scott. Retardée en début de course par des soucis d’échappement, elle finit par prendre la tête de la course après les problèmes de la Porsche 962 C #9 de Joest Racing. Elle garde une faible avance sur les deux Sauber Mercedes. Malheureusement à 6 h 17, le pire arrive. La boîte de vitesses est changée en 49 minutes, un exploit à cette époque, mais elle repart trop loin. Jaguar ne signera pas une 2e victoire consécutive. La #1 termine 4e et meilleure XJR-9 de l’édition.

L’année suivante, elle est transformée en XJR12 LM (châssis 588 / 990) et ne dispute que les 24 Heures du Mans. Elle pèse 900 kg et est désormais propulsée par un moteur V12 de 7,0 litres. Elle est capable de développer 730 ch à 7 000 tr/min et de rouler à 370 km/h. Toujours flanquée du numéro 1, elle est pilotée par Martin Brundle, Alain Ferté et David Leslie. Elle se qualifie avec le 8e temps, mais ne voit pas l’arrivée, trahie par sa pompe à eau. Martin Brundle est alors placée sur la XJR-12 LM #3 avec John Nielsen et Price Cobb. Bonne idée puisque les trois hommes remportent une nouvelle victoire au Mans pour le « Big Cat ».

Sa dernière apparition aux 24 Heures du Mans, sa 4e, a lieu en 1991 avec une robe complètement violette. Cette fois-ci, notre XJR-12 porte le #35 et est emmenée par Davy Jones, Raul Boesel, Michel Ferté. Elle est désormais propulsée par un V12 de 7.4 litres pour compenser le handicap de poids imposé par le règlement. Malheureusement, ce n’est pas une bonne idée car les Jaguar XJR-12 consomment trop et ne sont pas en mesure de suivre le rythme de la Sauber C11 #1 ni même de la Mazda 787B #55 victorieuse qui est aussi véloce que les « Jag », mais moins gourmande. Notre #35 terminera néanmoins 2e et permet à la marque britannique de signer un beau triplé avec les 2e, 3e et 4e places qui permettent de reprendre les commandes du Championnat du Monde.

On reverra une dernière fois notre Jaguar sous les couleurs Bud Light aux 24 Heures de Daytona. Elle est pilotée par un équipage de choix John Nielsen, David Brabham et Mario Andretti, mais ne termine pas suite à un souci de fuite d’huile.

Elle a été ensuite remise aux couleurs des 24 Heures du Mans 1991 et on peut la voir lors des grandes concentrations historiques comme ce fut le cas à la Goodwood Speedweek. A cette occasion, Gary Pearson avait laissé son baquet à Martin Brundle (voir photos ci dessous)… « Martin n’a pas eu la larme à l’œil, je ne dirais pas cela, mais il s’est vraiment laissé emporter par le moment, par la nostalgie. C’était incroyable de le voir repiloter la voiture. On appelle cela « la force de l’habitude » ou la mémoire musculaire car il est allé directement à un bouton sur le tableau de bord, tout naturellement, machinalement. Tout était devenu complètement automatique après toutes ces années. Je pense que cela l’a même surpris lui-même. C’était tout simplement sympa et je n’aurais pas voulu que quelqu’un d’autre que lui conduise la voiture ».

@Goodwood

Gary parle de son expérience avec ces Jaguar : « C’est assez bosselé à Goodwood. J’ai déjà piloté une XJR-9 ici par le passé. Avec ces pneus slicks, lorsqu’ils sont froids, ce n’est pas facile et cela bouge un peu. Mais une fois qu’ils commencent à chauffer, c’est très agréable. Ce sont des voitures tellement sympa à conduire. Elles ont été conçues pour des courses longues. Vous vous asseyez dedans et tout est confortable. Tout est à sa place. L’ergonomie est correcte. Quand vous vous asseyez dans une voiture du Mans, leur point commun est que tout est fait pour empêcher la fatigue du pilote, c’est évidemment un problème important ».

@Goodwood
@Goodwood

D’autres photos de cette Jaguar XJR-9 XJR-12 aux 24 Heures du Mans sont disponibles ICI

Les citations de Gary Pearson sont issues du site officiel de Goodwood.

Un grand merci à Luc Joly, Nicolas Trefou, Stéphane Cavoit, Michel Faust et Laurent Chauveau pour leurs photos d’archive !