Focus sur l’Eagle 700 des 24 Heures du Mans 1990

La très impressionnante Chevrolet Corvette GTP, vue en France pour les 24 Heures du Mans 1990 sous le nom d’Eagle 700, était à Rétromobile début février. Nous précisons tout de suite : il s’agit bien de la voiture qui ne s’est pas qualifiée en Sarthe, mais elle a été remise en déco IMSA !

General Motors (GM) décide de s’engager dans le championnat IMSA GT lors de la saison 1984 en se mesurant à Jaguar, Porsche, Nissan et Mazda. L’équipe d’ingénieurs de course de la Chevrolet Corvette C4 de General Motors développe la voiture en partenariat avec Lola Cars International pour construire leur propre châssis baptisé Corvette GTP. Après des essais sur une ancienne Lola T600 équipée d’un V8 Chevrolet, une toute nouvelle voiture a été construite, identifiée comme étant la T710. Le premier châssis a été livré à General Motors en 1984 et équipé d’un V6 turbo de 3,4 litres construit par Ryan Falconer. Un second châssis, connu sous le nom de T711, utilisait un V8 atmosphérique de 5,7 litres de Chevrolet Corvette C4 développant 800 ch, et engagé par Lee Racing.

Après le succès de la première saison complète de la Corvette GTP en 1985, GM a ajouté deux nouveaux châssis pour 1986. Appelées T86/10, les nouvelles voitures présentaient une carrosserie évoluée, mais sont restées essentiellement inchangées pour le début de la saison. La plus grande différence était que le châssis HU01 comportait un V8 atmosphérique, tandis que le châssis HU02 conservait la puissance du V6, mais avec une nouvelle partie arrière plus courte.

En 1987, deux autres châssis ont été ajoutés à la flotte de l’équipe de course GM. Le premier, appelé T86/12, utilisait un système de suspension active qui permettait de modifier la rigidité de sa suspension pendant la course. Le second châssis était un T87/10 aux spécifications de 1987 qui conservait le moteur V6 turbocompressé. Suite à l’abandon du projet fin 1988 par General Motors, Peerless Racing a racheté une Corvette GTP à l’usine. L’équipe engage la voiture à moteur V8 dans les deux dernières manches de la saison 1988. Aux 300 kilomètres de Columbus aux mains de David Hobbs et de Jack Baldwin, la voiture réussit à terminer à la 4e place du classement général.

Tout au long de l’année 1989, la GTP a succombé à ses faiblesses bien connues. Cette série d’abandons diminue la confiance de l’équipe dans la voiture. Malgré des pilotes comme Jacques Villeneuve (frère de Gilles) et Scott Goodyear, les résultats restent médiocres. Fatigué, Peerless Racing vend la voiture à Eagle Performance Racing Team, une petite équipe de course originaire de Santa Barbara, en Californie, fondée par Paul Canary, Jay Drake et Jim Brucker. Ils avaient de grands projets avec ce châssis pour 1990, le but ultime de Paul Canary étant de participer aux 24 Heures du Mans. Immédiatement, il y a eu un problème assez important. Canary avait de grands rêves, mais peu d’argent. Son dévouement pour le projet l’a forcé à vendre sa collection de voitures de course classiques, dont de rares Can Am et l’Indycar 1975 de Johnny Rutherford, qui avait terminé deuxième au 500 d’Indianapolis. Avec un total d’environ 500 000 dollars, il utilise une partie pour l’achat de la Corvette, le reste servant à l’envoi de l’équipage, de la voiture et des pièces détachées en France.

La voiture utilisait un V8 Big Block Chevrolet de 10,2 litres à double arbre à cames et 32 soupapes. La voiture a été légèrement modifiée et ayant perdu tout lien avec Corvette, Eagle a choisi de la rebaptiser Eagle 700. Au-delà des modifications nécessaires pour loger le gros moteur V8 de 900 chevaux, la voiture est restée la même que celle utilisée dans la série IMSA. Aux 24 Heures du Mans, l’équipage est composé de Dennis Kazmerowski, Daver Vegher et Paul Canary. Seul ce dernier a déjà couru au Mans, ayant fait plusieurs tours en qualifications au volant de la McLaren M12 GT#90 en 1981 avant que l’un de ses coéquipiers ne la détruise.

Dès le pesage, cela commence mal avec de nombreuses infractions techniques constatées. Les membres passent des heures à tout rectifier et la voiture est finalement acceptée aux qualifications. Faisant face en 1990 aux Jaguar XJR-12, Mazda 787, Toyota 90C-V, Nissan R89C/R90CP(CK) et une multitude de Porsche 962, le but est juste de se qualifier. Comme on pouvait s’y attendre, les temps sont loin d’être bons. De plus, le V8 dégage de plus en plus de fumée au fur et à mesure de la séance. Pour finir, elle a un souci de durite de radiateur. Non qualifiée dans la première séance, on prépare la voiture pour les qualifs de nuit, même si le moteur en surchauffe a déjà subi des dommages considérables.

@Laurent Chauveau

Malheureusement, à peine 10 tours dans la session de nuit, la voiture rend l’âme. L’alternateur n’a pas produit assez d’électricité pour maintenir la batterie chargée, ce qui a laissé la voiture en panne sur le bord du circuit. La panne mécanique a empêché Kazmerowski et Vegher d’effectuer leur temps de nuit. De toute façon, pas de regret, le problème d’alternateur n’a pas pu être résolu avant le début de la course.

La #HU8811-01 a été remise dans son état d’origine comme lorsqu’elle était engagée par Peerless Racing en IMSA, sous la livrée Bud, mais le moteur Eagle du Mans, réparé, est resté dans la voiture. On peut encore voir les autocollants des 24 Heures du Mans 1990 sur le capot arrière…

Photos de Nicolas Trefou, Laurent Chauveau et Bruno Vandevelde.

Texte inspiré de la présentation faite par le vendeur, Speed8 Classics