Focus sur la Porsche 917 043 des 24 Heures du Mans 1970

Focus aujourd’hui sur une voiture particulière, la Porsche 917 « hippie » ! Sa ligne et ses performances attira les regards, mais c’est surtout la livrée psychédélique qu’elle a revêtu lors des 24 Heures du Mans 1970 qui emporta tous les suffrages.

Le châssis 043 sort de l’usine en mai de cette année. Son programme est de participer aux toutes prochaines 24 Heures du Mans. La stabilité de la 917 à haute vitesse posant problème, la solution d’une queue longue est développée chez Porsche et la 043 en est munie. Plusieurs séances d’essais sont réalisées pour sa mise au point, mais l’équipe n’est pas encore rassurée à 100%. D’autant plus que les crashs très violents subis par Kurt Ahrens (photo ci-dessous du châssis #040) et Willi Kaushen à Ehra-Lessien (châssis #041) n’aident pas à avoir une idée claire sur le sujet (pilotes miraculeusement indemnes).

A peine construite, elle ne prend pas la direction de la Sarthe le 6 juin, mais du circuit d’Hockenheim pour une journée d’essais d’une extrême importance pour Porsche (accompagnée du châssis court #023 avec, au volant, Hans Herrmann). Vic Elford et Willy Kauhsen travaillent sur son comportement.

Avec deux jours de retard sur le planning initial, elle prend la direction du Mans et du Martini Racing Team. Hans-Dieter Dechent envisageait d’engager trois 908 lorsqu’il reçut un appel de Ferdinand Piech lui proposant de n’apporter que deux exemplaires et d’engager une 917 queue longue, la #043.

Alors que la 917-042 est propulsée par le nouveau moteur de 4.9 litres, Willy Kauhsen demande à avoir le 4.5 litres déjà éprouvé dans le châssis #043, une boïte de vitesses à rapports (contre 4 pour les autres modèles 4.5 litres) et Gérard Larrousse comme coéquipier. Le Français termina second de l’épreuve en 1969 et souhaite prendre sa revanche.

Gérard Larrousse à Rétromobile

« Je n’ai pu essayer, jusqu’à présent, cette voiture dont mon coéquipier s’est chargé de la mise au point. A 350 km/h elle a, parait-il, une bonne stabilité, mais je veux connaitre son comportement dans le sillage d’une autre voiture et aussi au « saut du chameau » à la fin des Hunaudières. Il est bien entendu que je ne suis pas fou et que si le pilotage s’en révélait trop hasardeux, je renoncerais au plaisir de conduire pour la première fois une 917 et je demanderais le volant d’une 908 3 litres » déclarait Gérard Larrousse à l’époque.

Gérard Larrousse à Rétromobile

A l’affiche de cette édition : un duel au sommet entre Porsche et Ferrari : huit 917 (six queues courtes et 2 queues longues : la #042 et la #043) contre onze 512 S. Mot d’ordre de Piech : « Porsche doit remporter la victoire. Aucune excuse !».

Pour les essais, la #043 a été peinte en couleurs « Hippie ». Le patron de l’équipe Martini confia la livrée au designer en chef de Porsche : Anatole Lapine. Devenue bleue avec des parements blancs, elle fait déjà tourner toutes les têtes. Ses volutes blanches furent peintes en vert la veille du départ de la course. D’innombrables bombes de peinture sont nécessaires pour réaliser ce travail dans le garage de Téloché (village à côté du Mans et non loin du circuit).

@Porsche

Kurt Ahrens, Willy Kauhsen et Gérard Larrousse se relaient au volant pour la première journée de tests. Après de nombreuses améliorations de réglages permettant de corriger des soucis de stabilité et d’allumage, les pilotes terminent la journée satisfaits de leur monture. Ahrens signe un 3’37’’2.

La séance du jeudi se déroule aussi sur le sec, mais sous une température plus élevée. Les temps s’améliorent et Larrousse signe un 3’31’’3. Loin cependant du chrono de Vic Elford qui sera le premier à descendre sous les 3’20 au Mans et décrocha la pole en 3’19’’8 sur la 917 #042 !

@Porsche

Pour la 20ème participation du constructeur à cette épreuve, le départ est donné par Ferry Porsche. Vic Elford et Jo Siffert laissent le peloton derrière eux et mènent le début de course.

La Scuderia reçoit une douche froide lorsque Reine Wissel rentre au ralenti avec sa 512 S #14 et se fait accrocher à Maison Blanche par Clay Regazzoni (512 S #8) perdant le contrôle sur la piste devenue glissante. Mike Parkes (512 S #15) et Derek Bell (512 S #7) sont aussi impliqués. Ce dernier tentera de repartir, mais cassera son moteur en essayant de se dégager. En ajoutant les premiers abandons mécaniques (917  K #22 de Mike Hailwood puis la 512 S #10 de Helmut Kelleners et Georg Loos), le duel Porsche/Ferrari passe au tiers de la course de huit voitures contre onze  à sept contre cing ! En tête, c’est un duel Siffert/Redman (917 K #20) contre Ickx/Schetty (512 S #5) jusqu’à ce que le Belge ne sorte de piste sur défaillance de ses freins et abandonne. Court répit pour la Porsche qui chassait Herrmann/Attwood (#23), elle déposera les armes peu après sur problème moteur.

Partis en 12ème position, Kauhsen et Larrousse remontèrent progressivement dans le classement, mais la pluie est l’un de ses principaux soucis. De plus, des problèmes d’allumage et une crevaison la feront repasser à plusieurs reprises aux stands, lui coûtant pas moins de trois tours sur la #23.

Le dimanche matin, la #043 remonte progressivement sur la Porsche 908 3 litres #27 de Lins/Marko puis passe en seconde place. Ne voulant voir la victoire lui échapper, Ferry Porsche fige les positions. La #termine à cinq tours derrière Hans Herrmann et Richard Attwood sur la 917 queue courte #23. La première victoire de Porsche au Mans est enfin remportée par le constructeur allemand. La 908 #27 complétera le podium, soit un top 3 100% Stuttgart. 

Cette édition est une hécatombe avec 16 voitures qui terminèrent la course (12 abandons sur accident) et seulement 7 classées (5 Porsche et 2 Ferrari) pour avoir parcouru la distance minimale ! Il faut remonter à 1931 pour ne voir que six voitures classées (26 voitures seulement au départ cette année-là contre 51 en 1970).

Lot de consolation pour le duo Kauhsen/Larrousse : la prime offerte pour la victoire à l’indice au rendement énergétique additionnée était d’un montant plus élevé que celui de la victoire de la course ! Ajoutée à la prime de la seconde place, c’est avec un beau pactole que les deux pilotes quittèrent le Mans le lendemain.

De retour à l’usine, il est temps pour les mécaniciens de démonter les voitures. A ce moment là, on constate sur la 043 : carter de boite craquelé et dégâts sur la boite elle-même. Les pilotes avaient terminé la course sans le 3ème rapport !

Cette édition des 24 Heures du Mans mit en appétit les techniciens de Porsche et d’autres développements sont à venir. Quelques semaines après l’épreuve, c’est la 043 qui est sélectionnée pour des séances de tests à Weissach, Hockenheim ainsi qu’en soufflerie. La voiture aura beaucoup évolué depuis Le Mans.

Mais le 13 novembre, à Hockenheim, Jo Siffert la détruit en essais. Il possédait une Porsche 917, le châssis 010. Il récupéra des pièces de la 043 pour sa version Can-Am. L’ensemble moteur/boite de vitesse parti chez Freisinger. Sa plaque de châssis fut posée sur le châssis de réserve 044 en avril 1971. Une fois montée, Vic Elford la testa à Weissach avant de rejoindre Le Mans.

C’est avec Jo Siffert, Gijs Van Lennep, Derek Bell et Jackie Oliver, sous une livrée blanche et le numéro 21, qu’elle participe aux essais préliminaires des 24 heures du Mans. Désormais le bon comportement des châssis courts est de mise sur le châssis long, Siffert fut le plus rapide en 3’17’’. Oliver lui décrocha un 386 km/h dans les Hunaudières, la plus haute vitesse atteinte en ce temps.

C’est au sein du John Wyer Automotive Engineering Team que la 043 retourna en Sarthe pour la course. Pedro Rodriguez et Jackie Oliver seront aux commandes. En qualifications Rodriguez signa un 3’13’’9 explosif (six secondes de mieux que la pôle de l’année précédente !) et s’offrit ainsi la pole position devant deux autres 917 queue longue : Vic Elford échoua à une seconde et la 917 045 Gulf de John Wyer à 3’’7.

Alors que notre voiture réalisa la première moitié de course en tête, puis en seconde position, deux arrêts aux stands auront raison de ses espoirs de victoire. Un premier sur problème de suspension lui coûta près de 6 minutes, puis une demi-heure supplémentaire pour une longue réparation de boite de vitesses après avoir perdu le 5ème rapport.

Elle rejoindra ses deux sœurs en abandonnant aussi, sur problème moteur. La victoire sera tout de même pour Porsche avec le châssis court en magnésium engagé par Martini Racing Team et piloté par Helmut Marko/Gijs Van Lannep (#22).

Notre voiture fut mise au rebut en fin d’année et renommée 044. Vasek Polak racheta le châssis et carrosserie stockés après l’accident de Siffert en 1970, récupéra la plaque châssis 043 et une mécanique de 917 (#6 puis #40).

C’est ainsi qu’elle a été présentée au dernier salon Rétromobile cette année sur le stand de Peter Classic Racing Cars. Gérard Larrousse était invité pour retrouver celle qui lui donna de nombreuses sueurs froides sous la pluie lors des 24 Heures du Mans 1970. L’édition 2020 du Mans Classic devait être l’occasion de la voir rouler sur sa terre de prédilection. L’événement étant reporté à 2021, on croise les doigts pour qu’elle reste de la partie !

Ci-dessous, nos photos de la Porsche 917 043 à Rétromobile…