Focus sur la Ferrari 312 P des 24 Heures du Mans 1969

Décidément, on vous gâte chez Endurance Classic. Après des bijoux comme la Viper GTS-R, la Nissan 390R GT1, la McLaren F1 GTR victorieuse des 24 Heures du Mans 1995, des Ferrari 550 Maranello, nous vous proposons un coup de projecteur sur une autre Ferrari, mais pas de la même époque. Celle-ci a roulé en 1969, 1970 et 1971, principalement. Il s’agit de la légendaire 312P châssis #0872 qui était exposée au Salon Rétromobile en février dernier. C’est le 3e et dernier châssis construit.

En 1968, Ferrari boycotta les compétitions de sport automobile, la marque étant furieuse que le règlement ait été modifié, mettant au passage hors service ses 330 P4. La marque au cheval cabré décide l’année suivante de construire une nouvelle auto, la Ferrari 312 P, un prototype de 3 000 cm3, qui répond aux spécifications du Groupe 6 FIA.

Le premier engagement de la 312P (en version spider au début) se fait aux 12 Heures de Sebring 1969. N’ayant pas suffisamment d’argent, la Scuderia décide de n’aligner qu’une seule auto, le châssis #0868 pour Chris Amon et Mario Andretti, ce dernier décrochant la pole position. Les deux hommes terminent second de cette épreuve.

On retrouve la 312 P lors des essais préliminaires des 24 Heures du Mans. Cependant, les performances ne sont pas au rendez-vous et déçoivent. On décide alors de modifier l’aérodynamique notamment en installant un toit. Deux 312 P sont engagées aux 24 Heures du Mans 1969. La #0870 (#18) est pilotée par Pedro Rodriguez et David Piper et se qualifie avec le 5e temps. La #19, le châssis #0872 qui nous intéresse aujourd’hui, est emmenée par Chris Amon et Peter Schetty. Elle se qualifie avec le 6e temps en 3:35.600. Malheureusement, les deux voitures ne voient pas l’arrivée.

@Gentlemen Drivers

Au cours de la saison 1969, on voit apparaître la Porsche 917 et Ferrari décide de se concentrer sur sa nouvelle auto, la 512, qui doit être construite à vingt-cinq exemplaires, chiffre requis par les spécifications du règlement Groupe 5. Du coup, la Scuderia se sépare de ses 312 P et les cèdent à Luigi Chinetti qui dirige le NART (North American Racing Team).

Pilotée par Sam Posey et Mike Parkes aux 24 Heures de Daytona et Mike Parkes et Chuck Parsons aux 12 Heures de Sebring 1970, notre #0872 remporte à chaque fois sa classe terminant respectivement 4e et 6e au général de ces deux courses. En juin, elle revient aux 24 Heures du Mans (ainsi que l’autre 312P, châssis #0870) aux mains de Chuck Parsons et Tony Adamowicz. Elle fait face, entre autres, à onze Ferrari 512 S ! Qualifiée 28e en 3:54.100, elle termine la course à 62 tours du leader, mais n’est pas classée…

A partir de 1971, elle se retrouve en version spider et remporte, dès sa première sortie, sa classe aux 24 Heures de Daytona 1971 (5e au général) pilotée par Nestor Garcia-Veiga, Luigi Chinetti et Alain de Cadenet. Aux 12 Heures de Sebring, elle franchit la ligne d’arrivée en 8e place (Chinetti / Eaton). Elle fera quelques courses en 1972 et on la verra pour la dernière fois en 1974 aux 24 Heures du Mans avec Jean-Claude Andruet et Teodoro Zeccoli. Elle termine 9e. Lors de l’un de nos entretiens avec le Français, il avait déclaré sur cette auto : « Ils avaient sorti cette auto du grenier. Monsieur Luigi Chinetti avait un ami chirurgien qui était bricoleur et qui accompagnait souvent l’équipe. Sur la voiture, il n’y avait pas de trompettes, il en avait donc créées en boîte de conserve ! La nuit, la tôle des boîtes a ‘pété’. Je voyais dans le rétroviseur les ‘dites trompettes’ s’envoler derrière (rires). La voiture ne marchait donc plus. Si nous n’avions pas eu ce souci, nous aurions pu prétendre à un super classement. En début de course, nous étions 8e. Si la voiture avait été bien préparée, on pouvait terminer dans les trois premiers. Il faut dire que c’est la première fois que cette 312P termine les 24 Heures du Mans. J’étais avec Teodoro Zeccoli, un mec sérieux. »

Gaël Régent, l’un des patrons de Historic Cars qui exposait la voiture, nous en dit plus sur historique de cette auto. « Il y en a eu trois construites, il n’en reste plus que deux ! On sait où est enfermé la première et voici la 2e. C’est une voiture que l’on ne voit pas souvent, mais qui a roulé partout. Elle a disputé deux fois les 24 Heures du Mans, a fait les 24 Heures de Daytona, les 12 Heures de Sebring. Elle a ensuite été vendue à Luigi Chinetti et transformée en spider. Elle a été pilotée par Alain de Cadenet aux 24 Heures de Daytona 1971. Pour beaucoup, elle est considérée comme étant le plus beau prototype Ferrari, en tout cas, elle fait partie des icônes de la marque italienne. Manque de chance, ils avaient à cette époque là une icône de Porsche en face ! » 

Cette auto a ensuite connu différents propriétaires avant de revenir en version Le Mans 1969 avec son numéro 19. « Comme je l’ai dit, elle a été transformée par Chinetti en spider. Elle a continué à rouler comme cela puis la carrosserie est partie d’un coté. Ensuite, elle a été vendue à quelqu’un qui a essayé de faire une autre voiture avec. Beaucoup de ses pièces étaient en France. Un jour, quelqu’un a rassemblé le châssis, les pièces. Il n’a pas pu mener le projet à son terme et il a décidé de la revendre à son tour. Le nouveau possesseur de cette auto l’a réassemblée et a fait une grosse restauration. Il la détient toujours ! Elle a fait Le Mans Classic en 2014, Chantilly et le Festival of Speed à Goodwood. »

Ci-dessous, vous trouverez deux belles vidéos, la première avec des images de la voiture à Rétromobile (ainsi que de belles images d’archive) et la deuxième avec le son du moteur ! Les superbes photos de Bruno Vandevelde viennent clôturer notre focus sur cette Ferrari 312 P !