Eddie Cheever : “Perdre Le Mans a été l’une des pires choses de ma carrière ! »

Le Mans 1981 @Loïc le Clainche

Eddie Cheever n’a certes pas disputé beaucoup de fois les 24 Heures du Mans, mais il reste cependant un pilote phare de l’Endurance des années 1980 où il a principalement roulé pour Lancia et Jaguar. L’Américain a aussi disputé 143 Grand Prix de Formule 1 dans sa carrière et a surtout remporté les 500 Miles d’Indianapolis en 1998.

De son vrai nom, Edward McKay Cheever Jr, il est né le 10 janvier 1958, à Phoenix, aux USA. Très tôt, ses parents quittèrent les Etats-Unis pour émigrer vers l’Italie et s’installer à Rome. Enfant puis adolescent, il est fasciné par le sport automobile ce qui le mène vers une brillante carrière en Karting qui se solde par un titre de Champion d’Italie et d’Europe en 1973. Il remporte également le championnat d’Europe des Nations de karting en 1973 et 1974 pour l’Italie avec, entre autres, Riccardo Patrese. Justement, Riccardo Patresse le bat au championnat du monde 1974 de Karting où il est donc vice-champion.

Il passe ensuite aux voitures de course à partir de 1975 et s’engage en Championnat Britannique de F3 puis en Championnat d‘Europe de F2. En 1977, on trouve sa première trace en Endurance, en IMSA, au volant d’une BMW 320i Turbo. En effet, en parallèle de la monoplace, il dispute également le DTM pour BMW Motorsport au sein du programme BMW Junior Team. Cette même année, il termine 2e du championnat d’Europe F2. L’année suivante, il participe à son premier Grand Prix de F1 (en Argentine, à Buenos Aires), avec le Team Theodore Racing, mais ne se qualifie pas. Il doit attendre l’Afrique du Sud, à Kyalami, pour disputer son premier Grand Prix (abandon).

Facebook Eddie Cheever

En 1980, il roule pour Osella Squadra Corse en F1, mais ne met pas tous ses œufs dans le même panier puisqu’il roule aussi en Championnat du Monde des Marques en Endurance sur une Lancia Beta Montecarlo Turbo. Il remporte d’ailleurs les 6 Heures du Mugello avec son ex-adversaire de Karting, Riccardo Patresse.

Repéré par Ken Tyrell, il intègre le Tyrrell Racing Team pour la saison de F1 1981. Etant toujours impliqué en Endurance pour Lancia, il est naturellement appelé pour disputer ses premières 24 Heures du Mans. Il pilote la Lancia Beta Monte Carlo Martini Racing #65 avec Michele Alboreto et Carlo Facetti. « Mes premières 24 Heures du Mans remontent à 1981. J’étais alors en Championnat du monde des voitures de sport dans l’équipe Lancia Martini Racing où j’ai roulé avec de supers coéquipiers comme Michele Alboreto et Riccardo Patresse. Le Mans constituait ma première course longue. C’était très excitant d’être aux 24 Heures du Mans, mais je n’étais pas très heureux car je n’avais pas une voiture rapide. Cependant, être là, au Mans, c’était magique. Il y a vraiment trois courses très importantes au monde : les 24 Heures du Mans, le Grand Prix de Monaco en F1 et les 500 Miles d’Indianapolis. J’y ajouterais Daytona 500 en Nascar. »

Par la suite, il continue en Formule 1 pendant plusieurs saisons. Il signe son premier podium en Belgique sur une Ligier JS17 de l’Equipe Talbot Gitanes. En 1983, il dispute sa meilleure saison en terminant 7e du championnat au sein de Equipe Renault ELF (quatre podiums). Il connaîtra aussi Benetton Team Alfa Roméo, Lola Haas et trois saisons chez Arrows. Il aura disputé au total huit saisons en F1 entre 1982 et 1989 et pris part à 107 GP.

@Facebook Eddie Cheever

En Endurance, après la page Lancia, il part chez Tom Walkinshaw Racing. Il remporte 11 courses pour Jaguar et prend part, deux fois de suite, aux 24 Heures du Mans pour le « Big Cat ». En 1986, il roule sur la Jaguar XJR-6 #51 Silk Cut Jaguar avec Jean-Louis Schlesser et Derek Warwick. Cette année là, alors 2e, un pneu éclate, ce qui provoque le bris de suspension puis l’abandon de l’auto.

@John Brooks

L’année suivante, sur la Jaguar XJR-8 Silk Cut Jaguar/TWR #4, Eddie Cheever fait équipe avec Raul Boesel. Un problème d’accélérateur fait plonger la voiture, mais elle revient fort et se bat pour la victoire face à la Porsche 962C #17 des futurs vainqueurs. Tom Walkinshaw appelle Jan Lammers en renfort sur la Jaguar #4, mais cette dernière passe un long moment au stand pour des problèmes de transmission. Finalement, les trois hommes finiront 5e« Cette Jaguar était une voiture phénoménale ! La première année, en 1986, nous avons eu des soucis lors d’une crevaison de Jean-Louis Schlesser dans la ligne droite des Hunaudières. La seconde année, nous sommes revenus après des soucis et la course était dans notre poche. Il nous restait juste quelques heures à tenir et, malheureusement, une pièce de la boite de vitesses a cassé. Dans toute ma carrière, avoir perdu cette course a été l’une des pires choses ! »

1987

Eddie Cheever a toujours eu une relation particulière avec les 24 Heures du Mans. « A mon époque, il n’y avait pas de chicane, la ligne droite des Hunaudières était vraiment longue. A chaque fois, ou presque, que j’y suis allé, un pilote est mort. C’est pourquoi j’ai beaucoup de respect pour cette course, mais aussi pour ses acteurs. Je leur tire mon chapeau, je dois bien l’avouer, en particulier pour ces pilotes qui ont beaucoup de participations. Je suis toujours la course des 24 Heures du Mans, tous les ans, je les regarde tout comme les 24 Heures de Daytona. Je suis toujours autant passionné et fasciné par les pilotes et les équipes. Le souci est que j’aimerais voir plus d’équipes être en mesure de l’emporter et non juste Audi, Toyota ou Porsche comme dans la dernière décennie. Tout ceci est un peu dicté par l’argent également. Débourser 200 millions de dollars pour une seule course, c’est beaucoup trop, c’est un peu le serpent qui se mort la queue. »

Quand on lui demande le pilote avec lequel il a aimé rouler en Endurance, la réponse ne se fait pas attendre. « Je dirais, sans hésitation, Derek Warwick. Avec lui,  tout était simple. Je faisais un relais de trois heures, il faisait un relais de trois heures. Je le connaissais bien car il avait été aussi mon coéquipier en Formule 1 (chez Arrows, ndlr). La seule chose qui nous différenciait : j’aime les femmes blondes, lui les brunes, cela nous a sauvés de pas mal de problèmes (rires). »

Depuis 1987, date de sa dernière apparition au Mans, on n’a plus revu l’Américain en Sarthe. Il a terminé 3e des 24 Heures de Daytona sur une Jaguar XJR-9 avec John Watson et Johnny Dumfries. Après s’être retiré de la Formule 1 fin 1989, Eddie Cheever est reparti dans son pays natal pour y disputer le CART ainsi que l’IRL. En 1996, il a crée sa propre écurie,Cheever Racing. En 1998, il remporta « la plus belle course de sa carrière » :  les 500 Miles d’Indianapolis.

Indianapolis 1998 @Facebook Eddie Cheever

Lui qui a roulé longtemps sur le vieux Continent puis a terminé sa carrière aux USA est capable de nous décrire les différences entre deux philosophies de course différentes. « Tout est différent. Dans les années 1980, un Européen n’aurait jamais pensé venir courir aux USA. On aurait alors dit qu’il était dingue. Quand je suis revenu aux Etats-Unis en provenance de la Formule 1, je me suis dit : « Ils sont tous fous ici, alors pourquoi devrais je faire cela ? » Vous devez le vivre pour comprendre. Les USA, c’est « l’église de la vitesse ». Vous avez des pilotes comme Juan Pablo Montoya, arrivé de la F1, qui s’est très vite adapté. De plus, sur certains circuits comme Indianapolis, si vous faites la moindre erreur, vous êtes dans le pétrin. Il y a un facteur humain que l’on se retrouve pas en F1. »

La dernière apparition d’Eddie Cheever en compétition a eu lieu en juillet 2011 lors des 24 Heures de Spa. Il était alors associé à Mark Patterson, Matthew Bell et Mark Blundell sur une Audi R8 LMS engagée par United Autosports. Le quatuor avait dû abandonner.

@Facebook Eddie Cheever

Depuis, il a commenté l’IndyCar et les 500 Miles d’Indianapolis de 2008 à 2018 pour la chaîne américaine ABC avec Allen Bestwick et Scott Goodyear.

@Facebook Eddie Cheever

Son fils, Eddie Cheever III, a disputé le championnat WEC 2018/2019 sur la Ferrari 488 GTE de MR Racing en compagnie de Motoaki Ishikawa et d’Olivier Beretta terminant 9e (2018) et 10e (2019) de la catégorie GTE-Am aux 24 Heures du Mans. Son père était venu le soutenir en Sarthe.