Dossier RS Spyder – Manu Collard : « Une voiture juste hallucinante ! »

Emmanuel Collard possède l’un des palmarès les plus impressionnants en endurance avec notamment trois titres de champions Le Mans Series, une victoire aux 24 Heures de Daytona 2005, aux 24 Heures de Spa 1999 et à Petit Le Mans 1998. Cependant, ses plus beaux succès ont été acquis au volant de la Porsche RS Spyder : les 12 Heures de Sebring et les 24 Heures du Mans.

Penske Racing a été l’équipe qui a le plus souvent engagé les prototypes RS Spyder en compétition. Grâce à cette auto, elle a remporté les titres LMP2 en 2006, 2007 et 2008 en ALMS ainsi que plusieurs victoires au classement général devant les LMP1 en 2007 et 2008 dont les 12 Heures de Sebring 2008 avec Romain Dumas, Timo Bernhard et un certain Manu Collard. « A l’époque, on roulait contre les LMP1 aux Etats-Unis, c’est-à-dire Audi et Peugeot. Dans tout ce qui était virage lent, nous étions mieux qu’eux car ils « galéraient » avec leurs grosses voitures qui sous-viraient pas mal dans tous ces secteurs. Par contre, en ligne droite, on se faisait « démonter ». Cette course des 12 Heures de Sebring a été importante pour moi, ce fut une belle victoire car c’était l’année des 60 ans de Porsche. »

Certes, Emmanuel Collard n’a disputé que six courses pour le compte de l’écurie américaine Penske Racing, les plus grandes comme Sebring et Petit Le Mans, mais le pilote français a été marqué par cette expérience, en particulier par le professionnalisme de l’équipe basée à Mooresville, en Caroline du Nord : « L’équipe était hyper professionnelle, c’était une sorte d’écurie de Formule 1 qui évoluait en prototypes. Tout était pensé à l’avance comme les entraînements des mécaniciens pour les arrêts au stand. Ils en faisaient toutes les semaines. A cette époque là, je n’avais encore jamais vu cela en Europe. Les gars avaient même une salle de musculation à l’atelier pour se muscler en vue des changements de roues. C’était comme en Nascar, les gars de Penske Racing prenaient des primes quand ils avaient réalisé les meilleurs arrêts au stand. C’était juste une machine à gagner ! »

La consécration pour le pilote français arrive l’année suivante lors des 24 Heures du Mans 2009. Lors de cette édition, il pilote alors le RS Spyder Evo #31 de l’équipe danoise Team Essex : « J’ai gagné cette année là en catégorie LMP2 au Mans, mais ce fut une course vraiment difficile pour moi, surtout physiquement, car j’avais beaucoup piloté. Kristian Poulsen, l’un de mes coéquipiers, était un vrai gentleman, il découvrait tout des 24 Heures du Mans. De plus, il n’avait jamais roulé dans un prototype. Nous avions juste fait la manche des Le Mans Series un peu avant, à Spa-Francorchamps, épreuve que nous avions gagnée. Heureusement, j’avais Casper (Elgaard) avec moi qui était un très bon pilote. Il a été très efficace tout au long de la course et Kristian Poulsen a fait le travail, ne faisant aucune bêtise. Certes, il était moins rapide que nous, mais il est resté sur la piste. Cependant, il a moins roulé car, pour gagner, nous n’avions pas le choix. D’autres équipes avaient de très bons pilotes. Je crois que j’ai dû faire 11 heures sur les 24 ! »

Aux 24 Heures du Mans, Manu Collard compte 23 participations. Il a signé de très beaux résultats dont une victoire de classe en GT (2003), une 2e et une 3e place en LMP1 avec Pescarolo Sport en 2005 et 2007 et une 2e place en GTE Am en 2016. Cependant, ce succès décroché en LMP2 avec le RS Spyder occupe une place particulière pour lui.  « Cela reste un très beau moment et une belle ligne à mon palmarès. Les gens ont tendance à minimiser les catégories en dessous. Cependant, on a la même bagarre, la même compétition, si ce n’est plus, dans certaines classes dite « inférieures ». C’est juste que nous ne pouvons pas gagner au général avec ces autos. Par exemple, de nos jours en GTE Pro, tous les constructeurs y sont présents. Il n’y a que des super pilotes ce qui fait que la bagarre en GTE est autre que celle proposée en prototype ! »

Il est aussi bien placé pour pouvoir nous parler du comportement et des qualités du Porsche RS SPyder. « Il y avait beaucoup de charge aérodynamique, on pouvait freiner hyper tard avec, même dans le virage tellement elle était efficace. C’est d’ailleurs dans ce domaine qu’elle m’a le plus surpris. On arrivait à l’approche de la courbe et on ne freinait qu’à 80 mètres. Au Mans, on arrivait à 330 km/h et on freinait à 90 ou 100 mètres, un truc de fou ! Par contre, elle n’était pas facile à piloter, notamment physiquement au niveau du cou et on parle bien d’une LMP2, là ! J’ai piloté pas mal de prototypes dans ma carrière et celui là reste l’une des meilleures voitures que j’ai eue dans ma carrière. »

Pour le moment, l’une des dernières autos qu’Emmanuel Collard a pilotée aux 24 Heures du Mans reste une ORECA 07 LMP2 muée par un moteur Gibson (avec l’équipe TDS Racing). Il lui est donc facile de comparer les deux prototypes même si 10 ans les séparent. « Même si les LMP2 d’aujourd’hui vont plus vite, sont un cran au dessus, le RS Spyder était une voiture hallucinante. Il ne faut pas oublier que Porsche a tout gagné avec. C’était une sorte de LMP1 déguisée, on met 100 chevaux de plus dedans et hop ! Quand on regarde le look de cette voiture, c’est un peu comme la Toyota GT One, on n’a pas l’impression que ces autos vieillissent. Par contre, c’était un prototype ouvert donc, au niveau de la vitesse de pointe, on perdait beaucoup par rapport aux LMP2 modernes qui sont maintenant fermées. »

Photos Laurent Chauveau, Michel Faust et Porsche Motorsports