Dossier RS Spyder – Romain Dumas (partie 2) : « Cette voiture était juste incroyable ! »

Suite de notre entretien avec Romain Dumas, l’homme qui connaît très certainement le mieux la Porsche RS Spyder. Il a en effet remporté 17 courses avec cette voiture dont les 12 Heures de Sebring 2008. Le Français a aussi été sacré champion ALMS en 2007 et 2008 avec le Team Penske.

Vous avez toujours piloté la RS Spyder aux Etats-Unis, mais jamais aux 24 Heures du Mans. Pourquoi ?

« Ça s’est mal emboîté. Aux 24 Heures du Mans, c’étaient des voitures privées. En 2007 et 2008, j’ai eu des propositions pour faire Le Mans avec Henri Pescarolo. Je ne pouvais pas refuser. A l’époque, pour un jeune pilote comme moi, courir chez lui était mieux car on pouvait viser le classement général. Ces années là, il n’y avait qu’Audi et Pescarolo, nous pouvions donc faire un beau résultat. »

Quelles sont les différences entre la RS Spyder et les autos actuelles ?

« J’ai piloté la RS Spyder en 2012 pour la dernière fois car on a essayé plein de pièces pour la 919 Hybrid LMP1. Ensuite, on a roulé avec la LMP1, les débuts n’étaient pas faciles. Un jour, ils ont emmené la RS Spyder et la 919 sur le circuit de Portimão, au Portugal, pour faire un film. Tout ceux qui ont roulé dans la RS Spyder, comme Brendon Hartley, ne voulaient rouler plus que dans celle-là (rire) ! 

Après, la LMP1 avait des trucs incroyables comme l’accélération et l’aérodynamisme. La RS était juste une voiture incroyable, c’est la seule que j’ai cherché à acheter pour la garder, mais ce ne fut pas possible. Elle avait énormément de grip latéral et plus on allait vite avec, plus elle était facile à piloter. Elle poussait le pilote à en faire davantage ce qui n’est pas le cas des LMP2 actuelles. Maintenant, on est limité avec les pneus, on doit toujours y faire attention. Les LMP2 d’aujourd’hui sont aussi plus lourdes. »

Comment avez-vous vécu la fin du programme ?

« Fin 2008, on nous a dit que ça allait s’arrêter, qu’il y avait la crise. Chez Porsche, on devait être racheté par Volkswagen et, tout d’un coup, en quinze jours ou un mois, renversement de situation, ils ne savaient plus à quelle sauce ils allaient être mangés. C’est la seule fois chez Porsche où on a senti la vraie crise. Cette année là, les mécanos ont commencé à regarder les prix des avions, les pilotes qui étaient privilégiés et voyageaient en business class, devaient aller en classe économie. On regardait le prix des hôtels alors qu’avant ce n’était jamais le cas. On a senti que quelque chose se passait. Avec cette histoire d’être racheté puis ce retournement de situation, le programme s’est arrêté. Penske avait un contrat pour 2009, il fallait trouver une alternative, il y avait ce Daytona Prototype aux Etats-Unis qui coûtait moins cher. J’ai d’ailleurs fini par piloter la Riley MK. XX muée par un moteur Porsche aux 24 Heures de Daytona en 2009.

A ce moment là, j’ai eu une proposition de la part de Peugeot pour les 24 Heures du Mans 2009 afin de piloter la 908 HDi FAP #9. A ce moment là, seul Alexander Wurz et Marc Gené étaient confirmés, c’était avant qu’ils ne prennent David Brabham, il manquait alors un pilote. Peugeot m’a demandé si ça m’intéressait. De mon coté, je voyais bien qu’on arrivait au bout de l’impasse et finalement, ce qui m’intéressait vraiment, c’était de gagner les 24 Heures du Mans. Cependant, il fallait que je demande au Comité Directeur de Porsche l’autorisation de disputer Le Mans avec Peugeot. On m’ alors dit : « Non, ça va pas être possible ! »  Ils m’ont demandé ce qu’ils devaient faire pour me garder. J‘avais à l’époque 30 ans. Ils m’ont dit qu’ils allaient me proposer un long contrat et que la situation allait se rétablir. J’ai alors décidé de continuer.

J’ai eu la chance que Volkswagen rachète Porsche. J’ai alors fait les 24 Heures du Mans en 2009 avec Timo (Bernhard) pour le compte d’Audi. Certes, nous n’avons pas gagné, nous terminons 17e, mais ce sera le cas en 2010 ! Heureusement car la Peugeot 908 #9, que je devais piloter, remporte la course. Je m‘étais alors dit que j’avais raté le coche ! Toujours avec la #9, je gagne cette fois ci les 24 Heures du Mans l’année suivante. Comme quoi, l’histoire est belle ! »

Photos : Porsche Motorsports