Christian Philippsen : « Chez Ferrari, on m’appelait ‘l’assassino' »

A 76 ans, Christian Philippsen entame un nouveau challenge avec le lancement de leBolide.com, le site qui fait dans la vente aux enchères en ligne. Passionné de sport automobile depuis plusieurs décennies, le Belge né à Anvers a une histoire avec les 24 Heures du Mans et, plus précisément, avec l’Ecurie Francorchamps de Jacques Swaters. Pourtant, tout n’a pas été simple pour Christian Philippsen qui est passé tout près de la correctionnelle avec Jacques Swaters.

Jacques Swaters a joué un rôle important dans votre vie professionnelle ? 

« Mon premier employeur était Jacques Swaters qui dirigeait l’Ecurie Francorchamps. Son rêve a toujours été de remporter les 24 Heures du Mans (Jacques Swaters a terminé trois fois dans le top 4 de 1954 à 1957 en tant que pilote, ndlr). Il a brillé en tant que pilote sur Jaguar, pas sur Ferrari. Je sortais de l’armée et j’ai écrit une seule lettre à un employeur : Jacques Swaters. Il était importateur Ferrari pour la Belgique et dirigeait l’Ecurie Francorchamps et ses fameuses Ferrari jaunes. Jacques Swaters m’a reçu en me disant qu’il ne savait pas ce qu’il allait faire de moi, mais il m’a embauché. J’ai le souvenir des 1000 km de Monza 1966 où il tombait des cordes. Jacques m’avait dit de venir même si je n’avais de rôle particulier. Personne n’avait envie de sortir pour passer le panneau au pilote en piste. j’étais gamin, je suis sorti panneauter et la course suivante, aux 1000 km de Spa, j’avais le chrono à la main. » 

@Flickr The Henry Ford

Vous étiez aux 24 Heures du Mans dès 1966 ? 

« Oui avec trois Ferrari à m’occuper pour le chrono. Lors d’un arrêt imprévu de la 365 P2 de Jean Blaton et Pierre Dumay (Ferrari 365 P2/P3 #17), j’ai cherché Jacques Swaters que je n’ai pas trouvé. J’ai donc géré moi-même l’arrêt et, à partir de ce moment-là, j’ai eu sa confiance. J’ai occupé le rôle de directeur sportif et j’ai continué à aller aux 24 Heures du Mans même par la suite. J’ai dû y aller 15 ou 16 fois. »


Pourtant, vous auriez pu vous faire congédier très tôt…

« Peu après mon embauche, j’ai été chargé d’aller chercher Amerigo Manicardi, directeur  des ventes de Ferrari, pour l’amener de son hôtel au Salon de Bruxelles. C’était en janvier 1966 et il faisait froid. Jacques Swaters m’avait confié une Ferrari 275 GTB. C’était la première fois que je conduisais une Ferrari et j’ai glissé sur une plaque de verglas. Nous avons heurté un camion en stationnement, mais, par chance, personne n’a été blessé. Je m’attendais clairement à être limogé, ce qui n’a pas été le cas. On m’a juste ignoré jusqu’à ce que je vende une voiture. Manicardi avait signalé l’accident à l’usine, ce qui fait que lorsque j’y allais, on m’appelait ‘l’assassino’. » 

@Flickr The Henry Ford

Il y a eu aussi cet achat d’une Ferrari…

« Là aussi, j’ai été à deux doigts de me faire congédier. J’ai acheté une Ferrari 166 Mille Miglia carrossée par Touring à Milan. J’ai dépensé 110 000 francs belges au lieu des 100 000 autorisés. Finalement, cette auto a pris beaucoup de valeur, bien plus que ce que tout le monde pouvait espérer. »

Vous n’avez jamais pensé piloter ?

« Bien entendu, je voulais devenir pilote de course. J’ai même pris des cours à l’école Jim Russell en Angleterre. Je n’étais pas le plus mauvais, mais je n’avais plus d’argent pour payer les cours, donc j’ai été contraint d’arrêter. »  

Vous êtes revenu aux 24 Heures du Mans ?

« En 2017, soit 60 ans où nous avions terminé 3e avec la Ferrari 330 P4 de Willy Mairesse et Jean Blaton. C’était un grand plaisir pour moi d’y revenir même si le paddock a beaucoup changé. Maintenant, je suis la course à la télévision. »

Selon vous, le sport automobile a encore de l’avenir ?

« Je pense que oui. Personnellement, je ne suis pas un grand passionné des courses historiques. On trouvera toujours des formules qui intéresseront le public. La télévision a changé pas mal de choses et il faut trouver des formats adaptés. J’ai eu l’occasion de voir une course électrique. C’est sympa, mais on n’entend pas le bruit du moteur. C’est comme si on faisait venir un DJ et qu’on n’entendait pas la musique. »