Christian Pescatori : « Je signe encore des autographes sur des photos de la Porsche 911 GT1 de 1997 ! »

Quand on rencontre Christian Pescatori dans les paddocks de l’European Le Mans Series (il est directeur sportif de l’équipe Cetilar Villorba Corse engagée en ELMS avec une Dallara P217 LMP2), le natif de Brescia vous parle avec un grand sourire dès qu’on évoque des 24 Heures du Mans. Même s’il ne les a disputées que six fois (!), il a roulé dans de superbes voitures telles que la Ferrari 333 SP, la Ferrari 550 Maranello, la Porsche GT1 et l’Aston Martin DBR9. Il a aussi failli remporter cette course à deux reprises lorsqu’il était chez Audi Sport. « C’est pas mal, je dois dire » comme il aime à plaisanter…

Tout commence pour le pilote italien en 1997 avec sa première venue en Sarthe au volant d’une Porsche 911 GT1 de la BMS Scuderia Italia. Il était accompagné d’Antonio Hermann et du futur vainqueur 1999, Pierluigi Martini. « Je me rappelle surtout de la découverte de cette piste tellement à part, qui n’avait rien à voir avec les autres circuits. Ça allait très très vite. La voiture n’était pas toujours facile à emmener, on atteignait plusieurs fois les 350 km/h. Elle avait la vitesse, mais pas l’appui aérodynamique d’un prototype. De plus, elle était équipée des tout premiers systèmes ABS. Les pilotes ont vraiment beaucoup travaillé. Avec la boite manuelle, nous avons aussi souffert physiquement. Cependant, j’en garde vraiment un bon souvenir, c’était avec une équipe italienne, des amis et, en plus, nous avons terminé 8e ! Je dirais même que cela reste mon meilleur souvenir au Mans. J’ai fait Le Mans Classic à deux reprises déjà et les fans me font toujours signer des autographes, souvent avec des photos de cette Porsche. C’est drôle et incroyable, ça fait plus de 20 ans ! »

Deux ans plus tard, il est de retour avec une Ferrari 333 SP engagée par l’équipe française JMB. Il fait équipe avec Jérôme Policand et Mauro Baldi, le vainqueur 1994. C’est à ce moment là que le transalpin apprend le français qu’il parle toujours très bien aujourd’hui. « C’était déjà un changement par rapport à ma première venue car j’étais dans un prototype. Elle était muée par un moteur de Formule 1 de 12 cylindres dans un châssis Dallara. Cette auto était incroyable, elle reste l’une des plus belles voitures que j’ai utilisée dans ma carrière. Quel son ! J’ai encore des vidéo de cette auto sortant des stands. C’était aussi ma première course avec l’équipe JMB (il y restera deux ans et sera champion N-GT en 2001 en FIA GT, ndlr). Bien sûr, elle était rapide dans les lignes droites, mais n’était pas la plus véloce du plateau, il faut bien l’avouer, mais, par contre, elle était incroyable dans les courbes rapides. Rentrer dans les virages Porsche avec cette 333 était incroyable. Cette année là, nous avons eu des soucis mécaniques car un moteur de F1 n’est pas vraiment fait pour de l’endurance.»

Une grande page de sa carrière va alors s’ouvrir lorsque Christian Pescatori va rejoindre Audi Sport. « En 2000, j’ai remporté (avec David Terrien) la Coupe du Monde des voitures de Sport (Sports Racing World Cup) avec la Ferrari 333 SP de JMB. Cela m’a permis d’avoir une grande expérience avec un prototype. Cette année là, Audi cherchait un pilote qui avait pas mal d’expérience au Mans et surtout qui n’était pas très grand par rapport à la taille de la voiture. Ils m’ont alors contacté ! »

L’Italien reste deux saisons chez Audi Sport, mais ne gagnera jamais la classique sarthoise. « J’étais intégré dans une équipe usine, tout était différent. On me demandait toujours d’aller vite, d’aller chercher le moindre petit dixième en piste. Ce fut une grande expérience. En 2001 (avec Rinaldo Capello et Laurent Aiello), nous avons eu des soucis avec des têtes à queue à cause d’une météo très difficile et changeante. L’année suivante, avec Rinaldo Capello et Johnny Herbert, nous avons explosé cinq fois un pneu dans la ligne droite. C’est difficile de gagner dans ces conditions surtout quand trois Audi sont engagées avec d’excellents pilotes. » Ses deux prestations se terminent par deux 2e places. Cependant, il ne repart pas les mains vides de l’équipe allemande car il remporte les 12 Heures de Sebring 2002, toujours avec Rinaldo Capello et Johnny Herbert sur l’Audi R8 #2.

Il ne revient au Mans qu’à partir de 2005, cette fois-ci en GT1, au volant d’une Ferrari 550 Maranello (avec Fabrizio Gollin et Miguel Ramos, abandon sur sortie de piste) puis d’une Aston Martin DBR9 (avec Fabrizio Gollin et Fabio Babini), à chaque fois pour le compte de la BMS Scuderia Italia avec laquelle il est couronné champion Le Mans Series dans la catégorie GT1 en 2005. « Les deux voitures étaient magnifiques, surtout l’Aston Martin. Le souci est que ce n’était que la 2e année de cette auto, elle était encore trop jeune. Sur des épreuves de trois ou quatre heures, elle était très bien, mais sur 24, c’était encore trop juste. Il fallait tout le temps aller vite, mais elle manquait de fiabilité. Malheureusement, la course s’est terminée après trois tours suite à un accident. Cela reste ma plus grande déception. Nous avions bien travaillé, fait une bonne qualif et voir la course se terminer après seulement trois boucles fut dur à admettre. »A l’heure des bilans, Christian Pescatori avoue qu’il a eu deux complicités fortes avec deux pilotes. « D’abord, avec David Terrien ! Nous avons gagné deux championnats du monde. J’ai surtout trouvé quelqu’un de très sympa, avec un cœur et une tête bien sur ses épaules. C’est quelque chose d’important. Nous avons bien travaillé ensemble. Il y a aussi Dindo Capello ! C’est un homme très professionnel et surtout un grand passionné de sport automobile. Il m’a vraiment beaucoup aidé pour trouver un bon feeling avec l’équipe Joest Racing au temps d’Audi. »

Lorsqu’on lui demande son meilleur souvenir en course, la réponse ne concerne pas les 24 Heures du Mans en dépit de ses deux podiums au général. « Les 12 Heures de Sebring restent mon meilleur souvenir tout confondu. Je n’ai pas beaucoup roulé aux Etats-Unis alors remporter cette course, en plus lors de la 50e édition, a été vraiment quelque chose de particulier. Cela a bien changé ma vie. »

Alors qu’il est toujours impliqué dans l’endurance moderne, il est bien placé pour constater les changements entre les années 2000 et maintenant. « Cela a beaucoup changé. J’ai gardé le contact avec cette discipline car j’ai aidé pas mal de pilotes et d’équipes. C’est surtout au niveau des voitures que ça a le plus évolué. Maintenant, les GT sont équipées de traction control, de l’ABS, de boîte de vitesses avec palettes au volant. Certes, ça va vite, mais c’est plus facile de travailler avec les autos modernes. Par contre, les courses sont devenues bien plus difficiles et exigeantes. Les 24 Heures du Mans sont un vrai sprint. Cela demande plus d’efforts et de concentration au niveau des pilotes. »