Chris Goodwin, 20 ans de collaboration avec McLaren, mais pas de 24 Heures du Mans

Chris Goodwin est bien connu dans les paddocks et dans le milieu du sport automobile. Déjà parce qu’il court en compétition depuis le début des années 90, mais aussi car son nom est étroitement lié à McLaren. En effet, le Britannique de 51 ans a été pendant plus de 20 ans le pilote développeur des voitures de route de la marque de Woking. Il a aussi eu la chance de pouvoir prendre part au développement de la F1 GTR à partir de 1997 alors qu’il était lui même pilote sur cette auto.

On l’a souvent associé à ce rôle, mais il tient à clarifier les choses.  « Je n’ai pas réellement développé les McLaren F1 GTR. Au départ, je disputais le Touring Car en Angleterre et je suis ensuite allé en endurance, via le BPR, avec Lotus en 1995 et 1996. Le souci est que nous n’avons presque jamais fini une course avec l’Esprit V8. Cependant, j’étais content d’enfin prendre part à des courses d’endurance car mon père l’a longtemps fait en disputant des épreuves comme les 24 Heures de Spa, les 24 Heures du Nürburgring ou les épreuves de 1000 kms. En 1997, je suis allé courir pour une petite équipe qui engageait un McLaren F1 GTR, Parabolica Motorsport, en FIA GT. Il s’agissait de la version « longue queue « . Cette année là, je fus vraiment chanceux car, dans la préparation en vue des 24 Heures du Mans, McLaren organisait des essais de pneus avec Michelin et d’ABS avec BMW. Ils avaient besoin de pilotes pour pouvoir faire rouler cette auto pendant 24 heures et ils ont invité tous les pilotes qui courraient sur une McLaren : ceux de Schnitzer, Gulf Team et donc notre petite structure. J’en ai fait partie et on peut dire, par rapport à votre question, que j’ai effectivement été partiellement impliqué dans le développement de cette auto. Cependant, la vérité est que cette F1 GTR était déjà développée, nous avons juste développé quelques pièces. Malgré tout, ce fut un tournant pour moi car les essais se sont bien passés et ça a lancé ma carrière avec eux. Tout cela plus deux ou trois belles performances avec Parabolica ont fait que je fus intégré à l’équipe Gulf Team Davidoff McLaren aux 24 Heures du Mans 1997. Malheureusement, notre voiture a pris feu aux essais (il était associé à John Nielsen et Thomas Bscher sur la #40, ndlr). Par contre, j’ai eu la chance de développer les McLaren de route qui ont suivi pendant 20 ans. »

Bien sûr, Chris Goodwin garde un souvenir particulier de cette super auto qui a remporté les 24 Heures du Mans 1995, son principal fait d’arme. « C’était vraiment une voiture cool. Le fait que je reste chez McLaren pour développer les voitures jusqu’en novembre 2017 m’a aussi permis de pouvoir reprendre le volant des voitures anciennes. J’ai eu la chance de pouvoir célébrer en 2015 les 20 ans de la victoire au Mans, j’ai pu remonter dans la #59 lauréate pour faire une parade, c’était génial. Apparemment, l’auto était assurée pour ne pas dépasser les 100 km/h ce jour là. Je ne le savais pas et je dois bien avouer que je suis allé très vite ! La position de conduite était unique, le moteur était incroyable et le son était juste magique. C’est une expérience incroyable qui est difficile à reproduire maintenant avec les voitures modernes. »

Cette participation avortée aux 24 Heures du Mans n’eut pas de suite. Chris Goodwin ne compte aucune participation en Sarthe si ce n’est la course Road To Le Mans en 2017. « Je n’ai donc jamais disputé Le Mans pour plusieurs raisons. En 1997, avec John (Nielsen), nous savions que nous avions de bonnes chances de battre les deux autres autos de Gulf Team Davidoff McLaren. D’ailleurs, l’une d’entre elles a aussi pris feu pendant la course (#39 de Ray Bellm, Andrew Gilbert-Scott et Masanori Sekiya, ndlr) et la 3e a remporté la catégorie (#41 de Pierre-Henri Raphanel, Jean-Marc Gounon et Anders Olofsson, ndlr). Ce fut un coup dur pour moi car je savais que j’avais une chance de bien faire lors de cette course. Je me suis ensuite dit que je ne voulais pas y aller juste pour en faire partie. Je voulais vraiment avoir une chance de bien figurer. Les années suivantes, je n’ai pas eu d’autres opportunités et ma carrière a tourné vers les essais et le développement de voitures de route et de course. Quelques années plus tard, Ron Dennis m’a convaincu d’arrêter de courir et j’ai tout stoppé à la fin de l’année 1999. Il m’a dit : « Ecoute, nous allons commencer la commercialisation d’une nouvelle auto de route. Nous aimerions que tu en fasses partie. Je pense qu’il serait bon que tu te consacres au développement de ces voitures.» C’est ce que j’ai fait ! Au final, cela ne m’a pas empêché de faire quelques courses par ci par là, qui n’ont pas été mauvaises d’ailleurs. Cependant, je ne suis jamais redevenu pilote à part entière depuis ! »

Même si l’arrêt brutal dans sa carrière a certainement dû être difficile à avaler sur le coup, bien des années plus tard, Chris Goodwin ne regrette pas son choix. « Au final, je n’ai aucun regret, ce fut un job cool ! Merci à McLaren et à Ron (Dennis) ! C’est vrai que ce fut dur à accepter lorsqu’il m’a demandé d’arrêter ma carrière en GT. Il m’a dit que des milliers de pilotes faisaient de la compétition, mais que ce poste de développeur était unique. Il est vrai que j’ai piloté toutes les autos jusqu’à la McLaren Senna et la 680 sortie il y a quelques mois, elles ont toutes quelque chose de moi. Je suis très fier d’avoir pu faire cela pendant 20 ans. Techniquement, ce fut un super challenge car ces voitures sont tellement sophistiquées. »

Cependant, l’idylle entre Chris Goodwin et McLaren s‘est arrêtée il y a un peu moins d’un an. Il nous explique pourquoi : « Il y a peu de temps, j’ai mis un point d’honneur à terminer tous les projets (cités ci-dessus) en cours avec McLaren. Cette compagnie a beaucoup grandi et n’a plus grand-chose à voir avec celle que j’ai connue il y a maintenant 20 ans. J’ai eu l’opportunité il y a peu de rejoindre Aston Martin et Red Bull par l’intermédiaire d’Adrian Newey. Un jour, il m’a appelé pour me parler de leurs projets. Cela m’a fait repenser au point de départ avec McLaren. A l’époque, je travaillais avec Gordon Murray, la structure était petite et nous avions bossé sur une voiture de légende qui a marqué sa décennie. L’homme clé, c’était lui, maintenant l’un des plus grands est Adrian Newey. Ce fut une décision facile à prendre d’un coté et difficile de l’autre car je devais abandonner une compagnie dont le sang coulait dans mes veines depuis 20 ans. Maintenant, je développe les autos de route pour Aston Martin, je n’ai travaillé que sur un seul projet pour le moment : la Valkyrie. J’ai passé du temps dans les locaux de Red Bull Ring F1 à Milton Keynes où la partie design et les simulateurs se trouvent. C’est purement de l’investissement au niveau de voitures de route, cela ne concerne pas la partie sportive d’Aston Martin. »    

Depuis quelques années, l’emploi du temps du Britannique (à droite sur la photo ci-dessus) s’est un peu allégé. Il a pu reprendre le volant dans certaines courses dont une qui lui tient particulièrement à cœur. « C’est vrai que depuis quelques années, je participe de nouveau aux 24 Heures de Spa, mais ce n’est que par pur plaisir. C’est une course que j’aime vraiment beaucoup. Je l’ai faite plusieurs fois au volant de Porsche 996 GT3-R, Saleen S7.R, Ferrari F430 GTC et McLaren. J’ai même fait équipage une année avec Bruno Senna, cela reste un très bon souvenir. Cette année, parce que j’ai changé de travail, j’ai eu plus de temps et j’ai refait une saison complète sur une McLaren 650 S GT3  avec Alexander West et Chris Harris (et Andrew Watson à Spa, 42e au final). »