Chris Amon (part 2) : “Les courses d’endurance restent le test absolu pour l’homme et la machine”

Suite de notre entretien avec le vainqueur des 24 Heures du Mans 1966, Chris Amon. Ce succès marquait aussi le premier de Ford au Mans.

Quel a été le moment le plus difficile de la course pour vous ?

« A l’époque, la vitesse maxi de la GT40 était de l’ordre de 160 km/h de plus que quelques autres voitures, aussi ce pouvait être délicat, particulièrement la nuit dans le brouillard, d’arriver sur ces voitures alors qu’on n’y voyait pas beaucoup. C’était piégeux de piloter au crépuscule car la lumière était très faible. Une autre chose : les voitures perdaient beaucoup d’huile au fur et à mesure que la course avançait et la pluie s’est mise à tomber, c’était très glissant. Notre accélérateur se bloquait aussi un peu, ce qui n’était pas ce qu’il fallait quand on avait besoin de négocier un virage. »

Avez-vous dormi un peu ?

« Pas du tout. Nous nous arrêtions toutes les heures et demie pour ravitailler et nous n’avions pas le droit de conduire plus de quatre heure d’affilée. Bruce pouvait dormir n’importe quand, mais pas moi. Je prenais une douche quand je sortais de la voiture et changeais de combinaison car on était trempé de sueur quand on pilotait la GT40. J’ai également eu quelques intéressantes conversations avec Henry Ford II et sa femme Cristina pendant la nuit. »

Dites-nous un mot des célébrations sur le podium à l’arrivée…

« Je  dois admettre qu’à l’époque j’avais seulement 22 ans et j’étais impressionné par la situation. Henry (Ford) était sur le podium et que crois que sa femme y était aussi. Je ne me souviens plus exactement de ce qui s’est dit, mais c’était un moment très joyeux. C’était quand même la première victoire de Ford au Mans ! »

Donc, qu’est-ce qui est le plus dur : disputer Le Mans en 1966 ou en 2016 ?

« C’est difficile à dire parce que les différences de vitesse étaient plus importantes à mon époque et les voitures ne fournissaient pas autant de protection. Le circuit était également plus dangereux. Nos voitures n’avaient ni direction assistée, ni paddle shift, donc elles étaient physiquement très exigeantes à conduire. On avait d’énormes ampoules aux mains à force de changer de vitesses.

Une autre chose : on devait réellement ménager les freins parce qu’au bout des Hunaudières ils étaient froids et étaient ensuite soumis à une chaleur terrible lorsqu’on freinait à 350 km/h. Il y avait un risque réel que les disques cassent. A l’époque, c’était certainement plus dangereux, mais si vous vouliez courir, il fallait l’accepter. Je pense qu’aujourd’hui les pilotes doivent encaisser davantage de G et aussi s’occuper de plusieurs réglages dans la voiture. Ils ont donc davantage de choses à penser pendant la course. En fin de compte, les courses d’endurance restent le test absolu pour l’homme et la machine. Les choses n’ont pas beaucoup changé au cours des cinquante dernières années. »

Cette victoire a-t-elle été le sommet de votre carrière ? 

“A ce moment-là, j’étais probablement plus intéressé par la F1 que par l’endurance. On a dit que j’étais un pilote de F1 malchanceux parce que j’aurais dû gagner de nombreuses courses, mais le fait est que beaucoup de mes contemporains ont été tués en F1, donc je pense que j’ai la chance d’être encore là. Cela ne fait pas question, cette victoire du Mans avec Ford a été un moment très particulier dans ma carrière. »

Que signifierait pour vous une victoire Ford en 2016 ?

« Je serais ravi pour Ford. J’ai gagné avec Bruce et il n’est pas resté longtemps avec nous après cette course donc cela serait particulièrement poignant pour moi de voir l’histoire se renouveler. Je souhaite le meilleur au team. »

Finalement, son vœu a été exhaussé. La Ford GT #68 a en effet remporté les 24 Heures du Mans 2016 en catégorie GTE Pro avec le trio Joey Hand, Dirk Müller et le Français Sébastien Bourdais !