Charles James (Inaltera) : « Imagination, volonté, ténacité, abnégation »

Il y a eu Matra au début des années 70 et Inaltera à la fin. Matra, tout le monde connaît, mais Inaltera, petite entreprise dans les papiers peints basée à Lyon n’était certainement pas destinée à faire son entrée en tant que constructeur aux 24 Heures du Mans. Inaltera au Mans, c’est la rencontre de Charles James, son directeur général, et Jean Rondeau. On ne va pas vous refaire toute cette aventure humaine magnifiquement racontée par Charles James dans ‘La Preuve par 24 Heures’ (à lire absolument, facile à trouver sur le net).

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Le Mans Classic 2016 était l’occasion de célébrer les 40 ans d’Inaltera avec de nombreux acteurs de l’aventure présents dans la Sarthe lors d’une réception émouvante donnée au Club des Pilotes des 24 Heures du Mans. Jean-Jacques Cantryn, propriétaire d’une Inaltera, s’est mis en tête avec toute son équipe de passionnés de fêter comme il se doit l’anniversaire d’Inaltera. Christine Beckers, Henri Pescarolo, Jean Ragnotti et Jean-Pierre Jaussaud ont répondu à l’appel pour reformer une partie de l’équipe Inaltera.

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Charles James s’est remémoré l’aventure Inaltera : « Au cours de mes 50 années de vie professionnelle, les hasards de la vie ont fait que j’ai dû rassembler et conduire différentes équipes au service de divers projets dans différentes industries. Celle-ci était la plus improbable car c’était la moins titrée. Et pourtant, elle reste celle qui fut la plus exceptionnelle. Nous avons, ensemble, avec ce palmarès et en un temps record, gravé brillamment, une trace indélébile et unique dans l’histoire de la course automobile la plus mythique, la plus difficile et la plus exigeante de tous les temps. Ceci ne fut possible, dans l’enthousiasme et la témérité de notre jeunesse, que par la conjonction inouïe de l’imagination, de la volonté, de la ténacité et de l’abnégation de notre petit groupe de garçons et de filles aux potentiels sublimés par la poursuite d’un objectif commun situé bien au-delà des espoirs les plus fous de chacun d’entre nous. »

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Charles James et Inaltera ont dû se battre contre le temps pour que les autos soient au départ des 24 Heures du Mans 200 jours après avoir lancé le programme. Pari réussi avec les deux autos à l’arrivée dont celle de Pescarolo/Beltoise victorieuse en GTP. « La course automobile est un monde dont les amateurs irresponsables sont irrémédiablement exclus. On n’a le droit de s’y impliquer qu’avec modestie et prudence, mais surtout pas sans ambition, ni compétence et passion. »

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Dans les années 70, la publicité déguisée était très mal vue si bien que des médias ont refusé de parler d’Inaltera qui était pourtant bien constructeur. C’est pourtant une histoire de publicité qui a permis à Inaltera d’exister, comme le rappelle Charles James : « Lors de notre première rencontre en octobre 1975, j’avais refusé de peindre le nom d’Inaltera sur les portières d’un projet de petite auto équipée d’un moteur PRV. Je refusais ainsi le principe de la publicité clandestine tant répandue et décriée à juste titre à cette époque. Pour couper court à son insistance, j’ajoutais imprudemment qu’on aurait pu éventuellement l’envisager mais sur un prototype capable de gagner Le Mans. Le week-end suivant, Jean débarquait chez moi à Lyon avec rien de nouveau sur le plan technique, mais avec une formidable détermination à me convaincre que nous avions encore le temps de concevoir, construire, mettre au point ce prototype et de l’engager aux 24 Heures du Mans 1976, soit 200 jours plus tard. On connaît la suite… »

Rien n’aurait pu se faire sans une équipe de passionnés qui a travaillé sans relâche pour relever le défi Le Mans. Inaltera a lancé Jean Rondeau quatre ans avant le succès aux 24 Heures du Mans. Depuis 1923, seuls sept constructeurs ont remporté l’épreuve : Chenard et Walcker, Lorraine-Dietrich, Talbot, Matra, Renault, Peugeot et Rondeau. Yves Courage et Henri Pescarolo sont passés tout près.