Charles James (Inaltera) en 1978 : Il faut que chacun dépasse les partis, les castes, les chapelles et les idéologies »

2016 marquait le 40ème anniversaire de la première participation des Inaltera aux 24 Heures du Mans. L’ACO a d’ailleurs célébré cet anniversaire en marge de la course avec une exposition et un tour d’honneur. Moins connue que l’épopée Matra, Inaltera a permis à Jean Rondeau de faire ses premiers pas de constructeur. En 1976, Inaltera était dirigé par Charles James, homme passionné s’il en est et surtout toujours prêt à innover.

A l’heure où la France traverse une période compliquée, nous vous faisons part de l’épilogue du livre écrit par Charles James « La preuve par 24 Heures » aux éditions Robert Laffont. L’ouvrage revient d’une façon détaillée sur les débuts de l’aventure Inaltera avec des propos sur la couverture qui se veulent très clairs : « Lorsque je me suis lancé dans la construction de voitures de course, je me moquais éperdument du sport automobile. Directeur d’une société de papiers peints, je n’avais qu’un objectif : la publicité. » Il y avait Benetton en F1, il y a maintenant Red Bul. Il y avait Matra et Inaltera en Endurance…

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En lisant ce épilogue, vous devez toujours avoir à l’esprit qu’il a été écrit en 1978, soit il y a plus de 40 ans…

« Pourquoi ce livre ? Pourquoi avoir raconté cette histoire ? Parce qu’au-delà de l’évènement technique et de la performance sportive, elle met en lumière l’extraordinaire richesse, quelque fois méconnue, du peuple français. Cette richesse, mon métier, au fil des années, me l’a fait découvrir. Responsable de base d’une collectivité d’hommes et de femmes de notre pays, je peux dire, je souhaite crier : « C’est merveilleux, la France. Mais que c’est difficile ! Qu’il est décevant de voir tant de compétence, d’enthousiasme, tant de capacité à construire parfois, si tristement gâchés ! »

Comparée à d’autres pays, la France semble avoir tout pour elle : une situation géographique exceptionnelle, qui, en lui assurant un climat sans excès, fait d’elle la proue de l’Europe, largement ouverte sur les mers les plus diverses, une civilisation millénaire et une histoire dont les moins instruits d’entre nous portent quand même en eux, dans chacune de leurs fibres, le fabuleux héritage. La France n’a cessé de donner au monde les inventions les plus essentielles et les artistes les plus appréciés. N’a-t-elle pas obtenu, par rapport à sa population, les prix Nobel les plus nombreux ? Oui, l’intelligence française, quoi qu’on en dise, est toujours vivante. Et les difficultés de tout ordre, le handicap provisoire que constitue notre pauvreté en énergie et en matières premières n’y changeront rien. Les fontaines de pétrole ne suffisent pas à faire une grande nation.

Nous ne sommes pas voués par une tradition millénaire, comme d’autres peuples, à un destin tragique. Le nôtre est capable, dans les moments les plus désespérés, de redressements spectaculaires : notre histoire est là pour en témoigner. Il existe dans notre peuple, dans sa jeunesse, mais pas seulement chez elle, une faculté d’enthousiasme porteuse des espoirs les plus merveilleux et les plus raisonnables. Le monde du travail en France, à quelque niveau que ce soit, je l’ai vu, je l’ai vécu et je veux en témoigner, ne demande qu’à adhérer sans réticence aux objectifs industriels et économiques des entreprises. Mais il faut pour cela que les uns fassent l’effort de les expliquer et les autres de les comprendre. Il faut que chacun dépasse les partis, les castes, les chapelles, les idéologies et les appareils, même s’ils sont parfois indispensables, pour avoir avec les autres des relations d’homme à homme.

Malheureusement, la France ne cesse curieusement de flirter avec les catastrophes. Elle donne le spectacle d’un pays constamment au bord de l’abîme, régulièrement et périodiquement prêt à basculer dans les crises économiques, sociales, politiques, morales. Quels démons nous incitent à édifier sans cesse des structures de conflits, d’embrigadements, de classes et de clivages où les hommes ne se retrouvent plus ? Ceux qui s’y accrochent sont souvent de bonne foi. Mais combien de vraies richesses s’épuisent dans ces combats partisans et permanents, dans ces modernes guerres de religion qui opposent l’administration et le secteur privé, les syndicats et le patronat, les actionnaires et les gestionnaires ? Dans un monde où la compétition internationale devient chaque jour plus rude, nous ne devrions plus accepter ces batailles stériles. Au lieu de l’étouffer, involontairement sans doute, mais de façon criminelle, nous devrions au contraire encourager et susciter cet incroyable potentiel : le désir d’entreprendre que nombre d’entre nous, Dieu merci, gardent encore au fond du coeur. »