Briggs Cunningham ou le rêve américain (part 1)

Le nom de Briggs Cunningham n’est peut-être plus très familier aux amoureux des 24 Heures du Mans. Pourtant, il a été l’une des figures marquantes de la classique mancelle de l’endurance dans les années 1950 et ses voitures ont eu les faveurs du public.

Briggs Cunningham (nom complet Briggs Swift Cunningham), né le 19 janvier 1907 à Cincinnati, dans l’Ohio, est un peu un symbole de ‘l’American Dream’. Son père était un riche financier qui avait fait fortune dans les chemins de fer et l’immobilier à la fin du XIXème siècle.

Après avoir fait ses études à l’Université de Yale, il épousa Lucie Bedford, l’héritière de la Standard Oil. Il débuta en sport automobile dans des courses régionales et fit ses premiers pas dans des courses plus importantes sur le Sleepy Hollow Ring dans l’Etat de New York avec une MG J2. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il ne put s’engager dans l’US Navy, ayant été refusé à cause de son asthme. Durant cette période, il travailla en tant que moniteur pour la Civil Air Patrol de Floride, pilotant lui-même son propre appareil.

Il avait fait sa dernière course pendant la Deuxième Guerre Mondiale en 1940 avec, pour coéquipier, Miles Collier à Flushing Meadows sur une BuMerc, un châssis et un moteur Buick habillés par une carrosserie de Mercedes SSK ! Mike Collier et son frère Sam, qui ont disputé les 24 Heures 1950 sur la Cadillac Coupé De Ville engagée par Briggs Cunningham, avaient fondé en 1933 l’ARCA (Automobile Racing Club of America) et, en 1944, ils la remplacèrent par la SCCA (Sports Car Club of America).

En 1947, âgé de 40 ans donc, Briggs Cunningham reprit le volant dans des courses sur circuit et des courses de côte, principalement avec sa BuMerc puis, les deux années suivantes, avec une MG Turbocompressée et une Ferrari 166 Inter, une GT.

En 1950, il décide de passer à la vitesse supérieure et veut remporter la victoire au Mans avec une équipe et une voiture totalement américaines. Pour ce faire, il envisage tout d’abord de faire courir des « Fordillac », des voitures à carrosserie Ford mais propulsées par un moteur V8 Cadillac, le tout construit chez Frick-Tappett Motors. La première course de Briggs Cunningham avec une Fordillac eut lieu à Daytona Beach en février 1950. Il voulut en engager deux exemplaires aux 24 Heures du Mans 1950, mais l’Automobile Club de l’Ouest refusa leur inscription, les considérant comme des hot rods, des voitures trop modifiées. Cunningham engagea donc deux Cadillac, à moteur V8 Cadillac 5,4 litres. L’une d’elles, dotée d’une carrosserie tout à fait particulière, fit sensation et fut baptisée « Le Monstre ».

 

Elle était pilotée par Briggs Cunningham lui-même et Phil Walters. La seconde, équipée de la même motorisation, était un Coupé De Ville de série, baptisée pour sa part « Le Petit Pataud ».

Peu de monde aurait parié sur les chances de voir ces Cadillac à l’arrivée et pourtant Sam et Mike Collier terminèrent 10e avec le Coupé et Cunningham et Walters 11e avec le « Monstre ». C’était le début de l’aventure Cunningham au Mans. On peut revoir régulièrement le Petit Pataud et le Monstre lors de Le Mans Classic comme sur les photos ci-dessus de 2018.

L’année suivante, Briggs Cunningham passait à la vitesse supérieure et construisait ses propres voitures. Il les fit débuter au Mans. Trois Cunningham C2R étaient engagées dans ces 24 Heures 1951. Elles étaient très lourdes et étaient propulsées par un moteur V8 Chrysler de 5,5 litres. Phil Walters et John Fitch, après avoir longtemps occupé la deuxième place, se classaient 18e et remportaient leur classe alors que Rand/Wacker et Cunningham/Huntoon abandonnaient. Les C2R arboraient une robe blanche à bandes longitudinales.

Ces couleurs allaient devenir la livrée des voitures de course américaines. En 1952, la C2R laissait la place à la C4-R (une C4-R au Mans Classic 2018 ci-dessus) et trois voitures étaient engagées au Mans dont un Coupé, la C4-RK. Briggs Cunningham et William Spear terminaient au pied du podium à la quatrième place, la seconde C4-R et le Coupé ayant dû abandonner. L’année 1953 allait se révéler faste pour Briggs Cunningham puisqu’en mars 1953, alors qu’une seule C4-R avait été engagée, John Fitch et Phil Walters remportaient la deuxième édition des 12 Heures de Sebring. Quant à Briggs Cunningham, il se classe cinquième avec une Osca MT4 qu’il pilotait avec Bill Lloyd. Au Mans, Cunningham engageait trois voitures, une nouvelle C5-R, à la carrosserie modifiée, qui lui valait le surnom de « The Smiling Shark » (le requin qui sourit) en raison de sa calandre, une C4-R et le Coupé C4-RK.

Le Mans 1953, Cunningham C-5R

Les trois voitures étaient à l’arrivée dans le Top 10 avec la troisième place pour la C5-R de Phil Walters et John Fitch, la plus rapide dans les Hunaudières avec 250 km/h mais vaincue par les feins à disque des Jaguar D victorieuses. Cunningham et Spear se classent septièmes avec la C4-R et Moran et Bennett dixièmes avec le Coupé. En 1954, deux C4-R étaient alignées dans la Sarthe ainsi qu’une Ferrari 375 MM pour Fitch/Walters. La C4-R de William Spear et Sherwood Johnston terminait troisième, deuxième podium pour une Cunningham, alors que le patron et John Gordon Bennett prenaient une belle cinquième place.

A suivre…