Bien avant Red Bull, il y avait Inaltera et Charles James…

« Fin novembre 1975, dans cette même salle, je vous avais annoncé la naissance d’une équipe, l’écurie Inaltera, constructeur de ses propres voitures, destinées à s’aligner dans l’épreuve qui, à mes yeux et à ceux de beaucoup d’entre vous en tous cas aux yeux du public, reste la plus grande et la plus dure course du monde : les 24 Heures du Mans.

Il est certain que l’entreprise était peu crédible. Qu’une société industrielle sponsorise une écurie est relativement courant. Qu’un fabricant de papiers peints construise ses propres voitures, avec l’ambition d’entrer en compétition avec les plus grands constructeurs, ne s’était jamais vu et, reconnaissons-le, devait sembler d’une exorbitante prétention.

J’avais indiqué clairement mes objectifs :

– Créer un événement en utilisant la partie du budget de publicité de la société destinée à la publicité de notoriété de nos produits muraux, pour augmenter la notoriété de notre marque de papiers peints.

– Démontrer que des méthodes modernes de publicité peuvent être à la fois très efficaces et s’inscrire dans les préoccupations écologiques, sportives ou artistiques de notre temps. En d’autres termes, remplir son rôle vis-à-vis de l’entreprise et être utile à la collectivité.

– Enfin, démontrer qu’il reste encore de la place dans l’entreprise et dans la société de notre temps pour accueillir, favoriser l’enthousiasme et le désir de réalisation dont la jeunesse et notre monde actuel ont tant besoin.

L’augmentation du taux de notoriété de notre marque Inaltera a été un élément marquant. Mesuré en octobre 1975 et octobre 1976 par deux enquêtes identiques, dans le cadre des enquêtes nationales de COFREMCA, il a considérablement évolué. Il était stationnaire depuis plusieurs années malgré l’investissement de budgets de publicité comparables. Le taux de notoriété spontané est passé de 5% à 16%, le taux de notoriété assisté est passé de 22% à 46%.

Je voudrais émettre deux vœux : le premier, vis-à-vis de certains des antennes nationales de radio et de télévision, je dis bien certains car ils sont peu nombreux, ceux qui prennent ces positions, mais ils sont influents et bien cachés.

Je souhaite que ceux-là puisent, dans ce bilan et dans leur attitude, quelques sujets de réflexion, qu’ils se positionnent quelques instants en simples citoyens et qu’ils mesurent ce que leur attitude peut avoir quelquefois d’incomplètement réfléchi, de blessant et de dommageable pour la collectivité. Qu’ils se posent la question de savoir si les positions qu’ils prennent sont dans certains cas équitables et conformes à l’intérêt de la collectivité qu’ils prétendent défendre. Si le fait de parler de nos voitures constitue, il est vrai, une certaine publicité, n’est-ce pas vrai pour toutes les voitures ? A quel titre faire une discrimination entre une marque de voiture et une voiture qui porte une marque si toutes s’inscrivent dans l’événement et participent honnêtement, si le fait de porter l’événement à la connaissance du public est de nature à servir le sport et à enthousiasmer le public, la jeunesse en premier lieu ?

Le second vœu que je souhaite émettre est que ce bilan soit suffisamment publié par vous, avec l’espoir qu’il vienne à la connaissance d’autres industriels, car ce bilan constitue la preuve de l’extrême rentabilité, sur tous les plans, de l’utilisation du sport automobile comme support publicitaire, ce qui, je l’espère, devrait avoir pour conséquence la naissance d’autres écuries, d’autres voitures, d’autres volants pour davantage de pilotes.

Le budget total de l’écurie en 1976 pour la construction des voitures, les salaires et honoraires s’est élevé à 2 400 000 francs. Ceci, je crois, donne aussi un éclairage tout à fait particulier à la compétence de tous les membres de l’équipe. »