Août 2009 : Henri Pescarolo répondait aux lecteurs d’Endurance-Info, part 2…

24H du Mans 2009. LMP1, #16, Team : Pescarolo Sport (FRA), Car : Pescarolo Judd, drivers : Ch.Tinseau (FRA), B.Jouanny (FRA). J.Barbosa (PTR).

Après les Le Mans Series, les questions relatives à Peugeot ou encore à l’Asian Le Mans Series, nous vous proposons la suite des réponses apportées par Henri Pescarolo aux internautes en 2009. Au programme, les « World Le Mans Series », le futur de l’Endurance et de Pescarolo, ainsi que les interrogations diverses. Même dix ans plus tard, certains propos restent d’actualité…

Etes-vous pour un trophée intercontinental ? Avec ou sans conserver les séries Le Mans ?

« Oui, je suis pour. L’Endurance mérite un vrai Championnat du Monde. Un nouveau président à la FIA pourrait peut-être permettre de l’envisager. Bien évidemment, se pose la question des moyens. Je ne suis pas certain que la période soit idéale : la crise est là, elle sera là en 2010 et ce n’est pas dit qu’elle sera terminée en 2011. Aller sur différents continents, c’est toujours difficile pour les privés si les organisateurs ne prennent pas en charge les déplacements.

« Avec ou sans les séries Le Mans ? Idéalement, je dirais un seul championnat, comme par le passé. Je rêve de débuter une saison par Sebring, de passer par Le Mans et de la finir en Asia. Mais c’est un rêve. Certaines équipes ne pourraient pas y participer, d’où l’intérêt de conserver les Le Mans Series, l’ALMS et l’Asian Le Mans Series. Un trophée plus trois séries, ce n’est pas l’idéal, mais c’est peut être actuellement le plus rationnel. »

Comment voyez-vous l’avenir de la discipline ?

« L’Endurance, c’est Le Mans. Jusqu’à maintenant, le comité technique de l’ACO n’était qu’une entité politico-économique. Le nouveau comité sport devrait logiquement permettre de donner la priorité à une réelle éthique sportive. Nous pourrons alors parler de l’avenir de la discipline. Le règlement a fait mourir les petites équipes de par un manque de justice. Durant trois ans, il n’y a pas eu de course, mais un duel Audi/Peugeot. Avec le nouveau comité, j’ai donc confiance et j’espère que l’ACO ne nous décevra pas une fois de plus.

« Je crois que l’Endurance a de l’avenir… même si la F1 restera toujours la F1. Derrière, la plus belle discipline, c’est l’Endurance, c’est Le Mans, avec des équipes privées de grande qualité qui affrontent des grands constructeurs. Historiquement, il y a toujours eu des duels, mais il ne faut pas sacrifier les autres teams… »

Que pensez-vous des nouvelles technologies, telle que l’hybride-électrique ?

« Mon sentiment est assez partagé. L’écologie, tout le monde veut en faire. Mais il ne faut pas oublier que la course automobile est un spectacle. 250 000 spectateurs pour regarder passer des voitures électriques dans un profond silence, ça ne marchera pas. Les gens sont brimés dans la vie de tous les jours donc ils ne veulent pas venir voir des voitures avec toutes sortes de limitations. Le sport auto, c’est en quelque sorte du rêve et de la démesure. L’écologie oui, mais sans dénaturer la course.

« Ensuite, je suis pour les nouvelles technologies, mais avec une bonne équivalence. On a vu qu’avec le Diesel, une technologie pourtant bien connue, ce n’était pas facile. Donc il faudra des spécialistes, pour faire les règlements, des spécialistes compétents et honnêtes. »

Quel est votre avis sur le nouveau règlement ?

« Je dois dire que je ne le comprends pas. Ce règlement a pour objectif d’avoir des voitures en 3min30. Or, les Pescarolo ou ORECA sont proches de cette barrière. Ce sont des autos existantes et raisonnables : c’est la solution que je préconise. La seule chose, c’est qu’on a permis aux voitures à moteur Diesel de rouler en moins de 3min20. Il faut seulement harmoniser les performances, jouer avec les brides. »

A vouloir absolument faire diminuer les performances des voitures, l’ACO ne se tire-t-il pas une balle dans le pied alors que la performance est l’essence même du sport auto ?

« Diminuer drastiquement la performance des prototypes, je ne pense pas que cela soit la meilleure chose à faire. Les LMP2 actuelles consomment de 5% à 8% moins que les LMP1, mais elles sont en 3min42 et encore, elles ne roulent pas à 900kg. Ce nouveau règlement, c’est couper les ailes du rêve, un peu comme on l’a fait en installant des chicanes dans les Hunaudières. »

A propos du règlement 2011, comment Pescarolo Sport travaille-t-il dessus ?

« Nous sommes en phase de réflexion. L’ACO a écouté ce que nous avions dit puisqu’il ne nous a pas obligé à changer de châssis. C’est un bon point. En revanche, si les moteurs sont plus petits, il faudra adapter le châssis. Notre réflexion dépendra aussi de l’évolution des équivalences et des budgets. Or, le paramètre économique est lié à l’image de l’auto en France, image qui est catastrophique. Il faut la faire évoluer. En France, l’automobile représente 12% du PIB, il faudrait que les politiques s’en souviennent. »

Pescarolo Sport pourrait-il se tourner vers un moteur GT ?

« Je suis intéressé par tout. Je ne mets pas de restriction dans tout ce que nous envisageons, du moment que nous avons une voiture capable de gagner des courses. Donc, cela peut être un moteur de GT, de proto classique, du Diesel ou de l’hybride. »

Vous avez souvent eu des pilotes Porsche, pourquoi ne pas imaginer un partenariat avec ce constructeur ?

« Pour le moment, ce n’est pas d’actualité, même s’il est évident que je serai ravi d’avoir le partenariat d’un constructeur. Il ne faut pas oublier que Emmanuel Collard a débuté chez nous. Ensuite, nous avons toujours eu un accord particulier avec Porsche, y compris avec Romain Dumas. Cette année, ces deux pilotes avaient des objectifs différents, donc ils n’ont pas roulé chez nous. Mais un partenariat constructeur m’intéresse particulièrement. »

Après toutes ces années, qu’est ce qui vous motive encore à continuer ?

« La passion… même si elle a sérieusement été émoussée. Disons que j’ai couru à une époque où les pilotes prenaient des risques inconsidérés, sans très bien gagner leur vie. Il fallait courir par passion. Cette passion, je la retrouve sur le muret. Regarder les Pescarolo LMP1 passer et les faire gagner avec mes pilotes, c’est un sentiment très fort. Et cela se rapproche un peu de ce que j’éprouvais au volant. J’espère que l’ACO fera tout pour raviver cette passion. »

Il vous arrive de reprendre le volant de vos prototypes. Quelles comparaisons pouvez-vous faire entre une Pescarolo LMP1 et les grandes voitures que vous avez piloté par le passé ?

« Il y a eu une grosse évolution technique grâce à l’électronique et l’influence de l’effet de sol. Les dernières voitures compétitives avec lesquelles j’ai roulé en course étaient déjà très performances, y compris au niveau de l’aéro. Il n’y a pas une différence énorme. Disons que ces voitures restent relativement proches, mais que les nouveaux protos sont plus faciles à conduire, grâce à l’électronique. En revanche, c’est toujours aussi difficile de trouver la limite, d’aller chercher les derniers dixièmes. »

Quels souvenirs gardez-vous des pilotes que vous avez côtoyé à l’époque de La Filière ELF ?

« La Filière, c’était une idée géniale, dont Elf a été la cheville ouvrière. On prenait un jeune à 15 ans et on l’emmenait presque jusqu’à la F1. Tous les pilotes qui brillent aujourd’hui dans les diverses disciplines, qu’ils soient français ou étrangers, sont passés par La Filière. Cela a également été une étape importante lorsque je suis passé du rôle de pilote à celui de team-manager. J’ai pu me former tout en formant des pilotes. »

Quelle relation conservez-vous avec ces pilotes ?

« Nous sommes très proches. Ils me considèrent comme un pilote et pas seulement comme un éducateur. Les rapports sont donc différents qu’avec un team manager traditionnel. Ensuite, il y un rapport de père à enfant. Je les ai formés, aidés, épaulés chez Pescarolo Sport. Il y a beaucoup d’affection, une grande complicité. En fait, ce sont beaucoup de sentiments très forts qui nous lient. »