Août 2009 : Henri Pescarolo répondait aux lecteurs d’Endurance-Info, part 1…

Il y a dix ans quasiment jour pour jour, Henri Pescarolo répondait, sans filtre, aux questions des lecteurs d’Endurance-Info, comme à son habitude. A cette époque, Pescarolo Sport était engagé en Le Mans Series avec une seule Pescarolo 01 engagée à l’année, celle-ci étant partagée par Jean-Christophe Boullion et Christophe Tinseau. En parallèle, le team français faisait rouler une Peugeot 908 aux 24 Heures du Mans HDi FAP pour Boullion/Tréluyer/Pagenaud avec un abandon à la clé sur sortie de piste. En juillet 2009, il restait encore trois manches à disputer, sans oublier le lancement de l’Asian Le Mans Series. Retour en juillet 2009, part 1…

Henri Pescarolo, quel bilan dressez-vous jusqu’ici ?

« Après les deux premières manches, le bilan est positif. Pescarolo Sport et sa nouvelle voiture ont prouvé dès le début de la saison que les essais effectués en soufflerie cet hiver ont porté leurs fruits. La nouvelle auto a été plus que compétitive et, si le règlement avait été appliqué, elle aurait dû s’imposer à Barcelone. L’Aston Martin avait terminé sans les grillages situés dans les ailes arrières. Or, toutes les voitures qui étaient dans cette configuration à Spa ont été déclassées. A Spa justement, nous avons constaté avec la présence des Peugeot que l’équivalence n’était toujours pas bonne. Malgré cela, nous avons terminé deuxième, ce qui nous permet d’être en tête des championnats Pilotes et Teams. Donc c’est positif et je suis heureux du niveau de performance affiché. »

Quel est l’objectif pour la suite de la saison ?

« Tout d’abord, nous n’alignerons qu’une voiture à Portimao pour des raisons économiques. Cela compromet le classement Constructeurs, même si nous allons nous battre ! Les Diesels n’étant pas là (officiellement), la priorité est donnée au classement Pilotes, avec Jean-Christophe Boullion et Christophe Tinseau. Nous allons toutefois affronter une auto favorisée par le règlement : l’Aston Martin bénéficie d’une bride plus grande alors que son moteur est un véritable moteur de LMP1. C’est encore une faveur accordée à un grand constructeur. »

Vous n’alignerez qu’une Pescarolo à Portimao. Pourquoi ?

« Pour des raisons purement économiques. Pescarolo Sport a été intégré à la holding Jean Py, mais SORA Composites ne se considérant pas comme un sponsor, leur mission était d’en trouver des nouveaux, ce qui malheureusement n’est pas le cas. Seuls les partenaires historiques du team sont restés avec nous. »

Qu’en est-il du passage en soufflerie que vous deviez faire en juillet ?

« Il a été fait puisque nous sommes passés en soufflerie durant quatre jours. Compte tenu de la situation économique, nous avons cherché à trouver des évolutions dont le coût est raisonnable. Nous avons trouvé des choses intéressantes, dont certaines seront déjà en place à Portimao. D’autres sont plus spécifiques au Mans donc il faudra attendre un peu avant de les voir en piste. »

Quel regard portez-vous sur votre participation au Mans, plus précisément avec la 908 ?

« Dans un premier temps, je constate que nous avons été menés en bateau en nous parlant de réelles équivalences. La première année, dans ma lettre ouverte j’avais démontré qu’il y avait 12% à l’avantage des Diesels. La correction avait été de 3%. Ensuite, avec le travail mené par les motoristes, la différence était de 20%, pour une correction de 12,5%. Cette année, nous pensions qu’une Essence allait prendre 5 à 6 secondes au tour et cela a été le cas. Lorsque j’ai accepté la proposition de Peugeot, certains ont dit que je retournais ma veste. Mais pour l’image de Pescarolo Sport, de ses techniciens et de ses pilotes, je devais saisir l’opportunité d’avoir une voiture capable de jouer les premiers rôles. L’équipe a ainsi retrouvé son état d’esprit habituel, celui de se battre pour le podium.

« Quant à la Peugeot, l’engager a été un grand honneur. Cela a été une aventure sensationnelle. Il fallait construire cette auto, à Vélizy, que les pilotes s’entraînent à son volant et que l’on apprenne à l’exploiter. L’ambiance entre Peugeot et Pescarolo Sport a été formidable. Concernant l’épreuve, tout se déroulait bien jusqu’à la sortie de piste. Nous avions montré nos capacités d’adaptation en réussissant de belles qualifications. En course, le podium était jouable et nous aurions pu avoir trois Peugeot aux trois premières places. Cela aurait été fantastique ! »

Connaissez-vous les raisons de cette sortie de piste ?

« Non, cela reste un mystère. Je connais la franchise de Benoît et il m’a assuré que ce n’était pas une faute de pilotage, qu’il n’avait rien tenté de particulier. D’autres pilotes Peugeot m’ont confirmé qu’une faute n’était pas possible à cet endroit. Sur la télémétrie, nous n’avons rien trouvé. Donc le mystère est à la hauteur de la déception. Mais le principal est que Benoît soit indemne. »

Vous avez eu l’occasion d’avoir la Peugeot 908 dans vos ateliers. Qu’en avez-vous pensé ?

« C’est une voiture référence. Elle fait rêver tout le monde. Et ce que l’on a vu a été à la hauteur de ce que nous imaginions : la 908 a été formidablement conçue ! Elle a été construite avec tout ce qu’il y a de plus sophistiqué, avec les solutions les plus exotiques pour gagner du poids. Elle est dans l’esprit de conception d’un grand constructeur : il n’y a pas d’économie. On le voit avec une recherche effectuée dans le moindre détail à tous les niveaux, aussi bien  aéro et que mécanique. »

Votre collaboration avec Peugeot va-t-elle se poursuivre en fin de saison en l’Asian Le Mans Series ? Et en 2010 ?

« Théoriquement, elle se poursuit en Asian Le Mans Series avec une auto prêtée par Peugeot qui, vraisemblablement, ne serait pas présent officiellement. Quant à la suite, je ne sais pas pour l’instant. Cela dépendra des futures équivalences, de l’évolution du règlement et de notre capacité à trouver des budgets. »

Que pensez-vous de ce championnat ?

« Dans l’état actuel des choses, c’est difficile de faire deux courses aussi lointaines, particulièrement pour les équipes européennes. Il faut aller à la châsse aux pilotes locaux et ce n’est pas forcément comme cela que j’envisage la course. Comme vous le savez, j’aime avoir mes pilotes de pointe. Quand Ferrari va en Asie en F1, les pilotes ne changent pas. Dans l’idéal, j’aimerai aller en Asie dans le cadre d’un Championnat du Monde, comme ce que j’ai pu connaître à l’époque où j’étais pilote. »

Outre la Peugeot, serez-vous présent ?

« Logiquement oui. Nous devrions aligner trois voitures : la 908 et deux Pescarolo. Mais nous devons boucler les budgets nécessaires. C’est pour cela qu’il nous faut trouver des pilotes locaux. »