Anny-Charlotte Verney (part 1) : “Le Mans, une épreuve unique au monde”

Notre chapitre aujourd’hui consacré au Club des Pilotes des 24 Heures du Mans donne la parole à Anny-Charlotte Verney. Elle est la recordwoman des participations aux 24 Heures du Mans avec 10 éditions consécutives entre 1974 et 1983, devant Vanina Ickx (7 participations) et Marie-Claude Beaumont (6).

En dehors des 24 Heures, Anny-Charlotte Verney a été trois fois Championne de France des voitures de Production, deux fois vice-championne, a disputé dix Paris-Dakar, et bien d’autres courses encore.

Anny-Charlotte Verney a baigné très jeune dans le monde du sport automobile, son grand-père ayant participé à la création des 24 Heures du Mans, son père ayant été Vice-Président de l’ACO, et la famille Verney – une famille de transporteurs, les Transports Verney ayant été longtemps parmi les acteurs majeurs du secteur – ayant aussi des liens familiaux avec les Bollée. Elle est une authentique mancelle puisque née au Mans. Elle a aimablement répondu à quelques questions à Endurance-Classic.

Votre hérédité, avec un grand-père qui a participé à la création à la création des 24 Heures du Mans et les liens de la famille Verney avec la famille Bollée, a-t-elle été déterminante pour votre entrée dans votre carrière sportive ? Vous avait-on encouragée dans ce sens ou avait-on plutôt essayé de vous en dissuader ?

” Je n ai pas eu la chance de connaître mon grand-père, mais des l’âge de 5 ans j’accompagnais mon père (qui était Vice-Président de l’ACO, ndlr) et je lui disais : un jour je ferai les 24 heures et il me répondait : mais bien sûr, sous entendant que je ne savais pas ce que je disais ! Imaginez sa surprise quand il a découvert l’article dans ”Le Maine Libre”  annonçant ma participation à mes premières 24 heures en 1974 ! Je n’ai jamais fait appel à ma famille pour toutes mes activités aussi bien sportives que professionnelles. Je suis d’une nature très très très indépendante !

La seule remarque que mon père m’ait faite lors de ma première participation, et juste sur la ligne de départ, a été : « Si tu sens que cela va trop vite pour toi, surtout ne force pas ». Ce à quoi j’ai répondu :  » Bien sûr, je mettrai le clignotant en bout de ligne droite et je m’arrêterai ! » No comment.

Par contre, ma mère avait une toute autre optique : il fallait gagner ou être toujours dans les premiers.”

Avec dix participations au Mans, vous êtes la recordwoman des 24 Heures devant Vanina Ickx. Est-ce quelque chose dont vous êtes fière ou considérez-vous cela comme anecdotique ?

” Mes 10 participations au Mans sont anecdotiques car j’ai participé à beaucoup d’épreuves durant mes 20 ans de carrière (10 Paris-Dakar, beaucoup de rallyes africains et 8 ans de Championnat de France – voitures de production – entre autres, ndlr)Malgré tout, je garde un souvenir extraordinaire de la semaine précédant les 24 Heures et de la demi-heure avant le départ ainsi que de la dernière heure précédant l’arrivée quand j’avais la chance d’être encore en course (8 fois sur 10 participations). C’est une épreuve unique au monde.”

Quel souvenir gardez-vous de votre première course au Mans en 1974 sur la Porsche Carrera RSR ?

“ Je considère ma première participation en 1974 comme une séance d’apprentissage car la ligne droite était plus qu’impressionnante et sans chicane. C’était la première fois que je dépassais les 300 km/h. »

En GT, vous avez toujours couru avec des Porsche, pourquoi cette exclusivité ? Vous avez couru une seule fois en Proto, sur une Rondeau en 1983 pour votre dernière participation au Mans. Vous préfériez les GT ou est-ce simplement une question d’opportunité ?

”J’ai commencé ma carrière en 1972 avec une MEP Citroën, suite à mon stage à l’école de pilotage du Bugatti avec Marcel Mignot comme moniteur, ce qui, par la suite, m’a facilité la conduite des protos, mais j’ai toujours eu une nette préférence pour les GT et surtout les Porsche. J’aurais aimé conduire des Protos d’usine mais je n’ai pas eu cette opportunité”

Vous avez plusieurs fois engagé vous-même une voiture au Mans, en plus de la piloter ? Être pilote et, en même temps, concurrent, cela fait-il une grande différence par rapport à une participation en tant que pilote seulement ?

”J’ai eu la chance d’avoir un staff très performant qui s’occupait entièrement de la logistique avant, pendant et après l’épreuve, ce qui me permettait de me consacrer à la conduite.”

Vous aviez engagé en 1975 une Porsche Carrera que vous pilotiez vous-même avec Yvette Fontaine et Corinne Tarnaud, finissant deuxième en GT. Pourquoi avoir monté un équipage 100% féminin ?

”En 1975, nos sponsors belges et français souhaitaient un équipage féminin.”

A suivre…