Filip O Filipovitch (part 2) : « J’ai la course automobile dans le sang ! »

Suite de notre entretien avec l’artiste qui a réalisé la Porsche 911 GT2 « Wolinski » des 24 Heures du Mans 1998, Filip O Filipovitch. Il revient aussi sur son travail sur la McLaren F1 GTR César du Mans 1995, sur son oeuvre actuelle et sur sa passion du sport automobile…

Vous avez aussi participé à la McLaren F1 GTR de César des 24 Heures du Mans 1995…

« En fait, elle était bleu foncé et orange fluo à Montlhéry. On l’a peinte pour les 24 Heures du Mans. Cela a représenté 28 jours de boulot à raison de 16 heures par jour ! Ce fut vraiment un gros projet cette auto, mais cela m’a vraiment beaucoup appris pour mes peintures par la suite. Cela m’a aussi permis de dormir dans une McLaren, ce qui n’est pas courant (rires). Une fois finie, on l’a chargée dans un camion pour un vernissage chez Drouot, mais elle n’était pas sèche au niveau du vernis, on la poussait par les clignotants et l’aileron. Elle a fini de sécher dans le camion (rire). L’année d’après, Noel Del Bello l’a repeinte en rose métallisé / noir, un truc pas beau. J’avais un peu les boules car près d’un mois de travail recouvert de rose…

En 1997, Jean-Luc (Maury-Laribière) m’a appelé au secours : « Noël veut remettre une couleur pas belle sur l’auto ! » Je suis allé le voir sur Paris, on a discuté et on a fait la déco Tuile TBF avec du bleu, du orange et du jaune, avec aussi un ciel et une comète sur le toit ! L’année suivante, on l’a refaite en tuile et je voulais la faire un peu comme l’Hospice de Beaune qui a des tuiles qui sont brillantes, des vertes, des noires et des rouges. Je voulais me rapprocher aussi de celles d’Arman, mate en terre cuite. Cela aurait été super mais Noël del Bello m’a alors dit que ce n’était pas possible car le stand était déjà aux couleurs TBF. J’ai fait des tuiles vertes, un peu toutes les couleurs de TBF en dégradé, mais l’auto n’a pas beaucoup roulé comme cela, deux ou trois courses, c’est tout. En 2001, je l’ai refaite en César à la demande de Jean-Luc et je l’ai vraiment améliorée. Il y a des choses que j’ai enlevées et je la trouve beaucoup plus belle aujourd’hui qu’en 1995. »

Vous travaillez actuellement sur une des BMW M1 d’Hervé Poulain ?

« En traînant sur Facebook, je suis tombé sur un Hongrois qui avait une BMW M1 au 1/5e. Je l’ai contacté pour savoir s’il pouvait en fabriquer d’autres car cela faisait des années que je voulais faire cette auto, mais Hervé Poulain ne veut pas me vendre de maquettes. J’ai même été obligé de « pirater » (de faire un moule à partir d’une existante, ndlr) la maquette de la Venturi, mais aussi la McLaren. Pour cette dernière, j’ai fait un deal avec Jean-Luc Maury-Laribière. Il m’a fait faire toutes les maquettes des voitures avec lesquelles il a courues au 1/5e pour l’usine TBF. Je me suis retrouvé à faire sept ou huit autos. En échange, il m’a filé une coque de McLaren, c’est comme cela que je l’ai eu. Pour en revenir à mon hongrois, quand il a vu à Rétromobile que la McLaren F1 GTR « César » et la Porsche 911 GT2 « Wolinski » étaient exposées, il a réfléchi un peu. Il s’est dit que ce serait bien de me filer une maquette de la BMW M1 au 1/5e pour qu’on en fasse des Warhol. Du coup, je l’ai depuis une semaine, j’ai nettoyé la coque, j’ai poncé et là, comme vous pouvez le voir, j’ai attaqué la peinture et j’en suis au vernis.

Avec les vraies autos sur lesquelles j’ai bossées, c’est qui est « chiant », c’est de les  vernir, d’attendre deux jours qu’elle sèche, la reponcer. Donc sur les échelles 1, je la ponce, je la peins et je la vernis. Quand je fais des maquettes et des casques, je fais des couches et quand je pense que je suis bien, je bloque au vernis, trois ou quatre couches, je reponce et je reviens dessus. Là, pour la BMW, j’ai mis en place toutes les couleurs, il n’y a pas les dégradés. Je la bloque, je mets cinq / six couches, je la ponce, et après je ferai les dégradés, les traits, la signature. Cette voiture a l’air facile à faire comme ça, mais elle ne l’est pas du tout. Cela reste cependant moins compliqué que la César (rire). L’avantage, c’’est que je la connais la Warhol, je l’ai vue d’ailleurs courir aux 24 Heures du Mans quand j’étais petit. »

On vous sent tellement passionnée à travers vos propos. D’où vous vient cette passion ? Allez-vous souvent aux 24 Heures du Mans ?

« C’est même pire que ça (rire). En fait, mon père a été adopté par une femme qui habitait Arnage. Il a donc vu les 24 Heures du Mans tout petit. Une fois qu’il a rencontré ma mère, ils allaient tout le temps sur les circuits européens comme Spa, Brands Hatch, Monza. On faisait surtout de l’Endurance, peu de Formule 1. Du coup, je n’allais pas à l’école le samedi, ce qui m’arrangeait bien (rire). A l’époque, je peignais déjà des autos, il m’achetait des Solido et trois jours après, elle était repeinte. Quand mon père a arrêté d’aller sur les circuits, j’ai continué. J’ai vu les 24 Heures du Mans de 1965 à 2002, non stop. Cette dernière année, alors que j’exposais dans le motorhome de Fred Stadler, le service de sécurité de l’ACO m’a viré comme un malpropre. J’y suis retourné en 2003 pour faire les chronos d’une auto que j’avais décorée pour Jean-Luc Maury-Laribière. J’y suis aussi allé en 2013 pour exposer mes aquarelles sur Steve McQueen dans la tribune Dunlop du Club des Pilotes. Comme je connais bien Patrick Peter, je l’ai poussé à organiser un Mans Classic, il le faisait déjà l’Age d’Or ! En 2002, cela s’est produit et j’y suis allé avec ma petite MG repeinte, un pass presse et ce fut juste génial pour voir les gens, faire des photos et rencontrer des clients. J’y suis allé à plusieurs reprises comme cela.

Porsche des 24 Heures du Mans 2000

En tout cas, sur Le Mans, je suis formaté, en avril / mai, je commence à avoir des manques (rire). J’ai la course automobile dans le sang. Quand je parle couleur, tout de suite, j’en ai une qui me vient en tête d’une écurie, d’un constructeur, d’une voiture. Quand on parle du vert, bien entendu, je pense au vert anglais, mais il y a aussi le vert Aston Martin, celui de Lotus. Idem pour le rouge Ferrari et le rouge Alfa Roméo. Le blanc, c’est ce que l’on appelle le blanc Grand Prix, le blanc parfait, celui de Porsche. Tout est comme cela. Les objets que je repeins sont inspirés des voitures. Quand je fais des décors de cinéma, si on regarde de loin c’est joli, si on s’approche et que l’on pense course automobile, on retrouve du Lotus, du Gulf. J’ai donc un fonctionnement très course automobile dans ma façon de travailler, de m’organiser ! De toute façon, je suis né dedans !

Cela a toujours fait partie de ma vie, mais quand je vois au Mans les grillages, le recul par rapport à la piste… Même au Mans Classic, c’est comme cela ! Du coup, j’y vais de moins en moins et je trouve cela dommage car j’adore. Je peux me planter là, pendant quatre heures, à un endroit, à écouter, regarder les caisses passer ! Et il y a tout un jeu de couleurs avec les voitures. Je me rappelle particulièrement de 1989 avec une grille de départ, avec des couleurs, comme je n’avais jamais vues. Il y avait les Sauber Mercedes avec les petits rétros fluo, les Jaguar avec leur robe violette, jaune et blanche, la Porsche Lleyton House qui vient mettre du vert dans tout cela et la 962 de Bob Wollek, la rose ! Il y avait aussi la « Boss » (Porsche 956 engagée par Obermaier Racing, Le Mans 1983, ndlr). La première année, elle était bleu nuit avec des filets. L’année suivante, en dégradé bleu vert, elle était sublime !

J’avais bien aimé 1988 aussi avec la bagarre des Porsche 962 « Shell », avec une décoration juste sublime, et les Jaguar violettes. C’est vrai que je regarde cela comme ça. Moi, qui gagne, qui perd, qui est en tête, qui est dernier, je m’en fous. J’aimais bien Bob Wollek. Quand il était au départ, j’étais pour lui, quand il avait une belle auto comme celle de 1989, j’étais encore plus pour lui (rire). Cette Porsche Rose était juste classe ! Cette #9, j’aurais tellement voulu qu’il gagne avec celle-là…»

@ACO / Christian Vignon

Merci à Laurent Chauveau, Stéphane Cavoit pour les photos ainsi que Filip O Filipovitch lui même qui a partagé ses images d’archives…