24 Heures du Mans 1992, le tournant avant un nouveau règlement

1992 marquait une édition des 24 Heures du Mans quelque peu étriquée sur le nombre de concurrents au départ avec moins de 30 autos au départ. Un plateau maigrichon de 11 autos étaient au départ des deux premières manches du Championnat du Monde des Voitures de Sport. Seules 4 autos voyaient le damier à Monza. Le choix du moteur unique 3.5 litres avait décimé le parc des voitures de sport.

C’est sous une immense affiche « Le 13 est au départ » de Michel Vaillant que Max Mosley, alors à la tête de la FISA, et Michel Cosson, président de l’ACO, donnaient une conférence de presse au Mans afin d’éclaircir la situation.

« La qualité est là », expliquait Max Mosley. « Il ne reste plus que la question de la quantité. Étoffer le plateau est bien la mission prioritaire du pouvoir sportif. Si le Championnat du Monde des Voitures de Sport ne marche pas, c’est que nous n’offrons pas les garanties de spectacle suffisantes aux organisateurs ou au public. Il faut donc le réformer. »

Selon la FISA, la solution passait par l’introduction des GT parmi les prototypes. « Ce ne serait pas une mauvaise chose », confiait Marcel Martin, le directeur de course. « On arrivera alors à des plateaux supérieurs à 50 voitures. Mais il sera très difficile de mettre les actuelles voitures de sport et les GT sur un plan d’équivalence. Alors mieux vaudrait programmer deux classements dans la même course. »

Le désintérêt du championnat était d’ordre financier avec des coûts de plus en plus élevés. « Les constructeurs peuvent se l’offrir, mais c’est très cher », expliquait Jacques Levacher, responsable logistique chez Peugeot. « Mais pour les privés, c’est presque impossible. Alors il faudra bien arriver à bloquer les avances technologiques pour limiter l’escalade. Il faut donc trouver un règlement adapté. »

Max Mosley trouvait dans l’arrivée des GT une solution à court terme : « On ne peut rayer d’un coup de crayon les investissements consentis par les concurrents actuellement en lice. Il faut donc conserver les 3.5 litres atmosphériques et ces voitures de rêve pour le public que sont les Peugeot, Toyota ou Mazda. Ce serait triste de voir Le Mans sortir de ce championnat du monde. A nous de mettre en première ligne, dans nos réflexions, des arguments évitant tout problème à l’ACO dans l’avenir. »

Avec trois 905 au départ, Peugeot avait un bon coup à jouer, même si Jean Todt, alors à la tête de Peugeot Talbot Sport, se voulait inquiet pour l’après Le Mans : « On a fait régner une psychose sur cette compétition. Les responsables ? Les constructeurs qui ont dit qu’ils viendraient et qui ne sont pas là. Les pouvoirs sportifs qui ont laissé planer une grosse incertitude entre le 11 novembre et le 5 mai. Les médias qui répercutent les informations. On a tendance à davantage parler des catastrophes, aujourd’hui, que des choses qui vont bien. Tout cela est malsain et fait beaucoup de mal à tout le monde. Je suis inquiet pour le sport automobile en général dont Le Mans est l’une des épreuves historiques et magiques. Les constructeurs ont une grande responsabilité dans cette affaire. Si on était arrivé à huit, comme prévu, on aurait eu un championnat extraordinaire.

« On vient pour jouer un spectacle. Il faut que l’on trouve un producteur qui croit en nous. Et c’est à ces producteurs de nous dire ce qu’ils veulent. Des sprints, des courses de 500 km, 6 heures, 10 heures en plus du Mans. Si 12 organisateurs nous demandent ce type de course et nous promettent de la promotion et de la télévision, il y a de fortes chances que nous répondrons affirmativement. Il faut nous proposer un théâtre. A ce jour, il existe seulement les 24 Heures du Mans. »