24 Heures du Mans 1977, part 2 : la remontada de Porsche

Suite et fin de notre focus sur les 24 Heures du Mans 1977 qui voyait le premier vrai grand affrontement entre Porsche et Renault Alpine.

La course

Météo au beau fixe avant le départ. C’est Jabouille qui est le meilleur partant, suivi de l’Alpine #8 de Laffite et de la Porsche #3 de Ickx. Tambay (Alpine #7) est quatrième, mais Rolf Stommelen (Porsche 935 #41), toujours aussi chaud bouillant au départ, lui ravit la quatrième place et attaque (photo ci-dessous). Ce premier tour sera également le dernier pour l’Alpine-Renault #16 de Didier Pironi qui est victime d’un incendie consécutif à une fuite d’huile. Jabouille passe en tête au premier tour…suivi de la Porsche 935 de Stommelen, déchaîné, de Ickx, Laffite, Tambay, Barth (Porsche 936 #4) et Schenken (Porsche 935 Loos #38) qui abandonnera rapidement, moteur cassé.

@Porsche

Les Porsche ne cherchent pas à suivre la cadence de Jabouille, mais adoptent un rythme de course soutenu et occupent les deuxième et troisième places, devant les A442 de Laffite et de Tambay. Les Mirage remontent, Jean-Pierre Jarier (#10) pointant à la sixième place, devant l’Inaltera #1 de Jean-Pierre Beltoise lui aussi bien revenu. La 935 de Stommelen est ensuite retardée par des problèmes mécaniques.

Après Alpine-Renault, c’est au tour de Porsche d’être frappé. Jürgen Barth rentre deux fois au stand et on change la pompe à injection. Le bilan est lourd avec neuf tours perdus. Après deux heures de course, la 936 #4 est 41ème ! Après le premier relais, Henri Pescarolo, deuxième avec la Porsche 936 #3, paraît bien isolé, coincé entre l’Alpine-Renault #9 de Derek Bell, leader de la course, et les A442 de Depailler (#8) et de Jaussaud (#7). Les autres sont doublées, emmenées par les deux Mirage-Renault, la Porsche 935 Loos #39 et les Inaltera de Beltoise et Lella Lombardi.

Porsche est de nouveau touché au début de la quatrième heure. Le moteur de la Porsche d’Henri Pescarolo rend l’âme et l’abandon est inéluctable. Les espoirs de victoire de Porsche s’envolent alors que la voie semble dégagée pour une première victoire Alpine-Renault, la Porsche #4 rescapée de Barth/Haywood n’étant que quinzième après quatre heures de course, mais à neuf tours du leader.

Après six heures, la Mirage #11 abandonne sur le circuit, pompe à essence défaillante. L’Alpine de Jaussaud connaît quelques ennuis mineurs et la Porsche 935 Loos #39 prend provisoirement la troisième place. Chez Porsche, on décide d’intégrer Jacky Ickx à l’équipage de la 936 #4. Le Belge attaque pour ce qu’on pense être un baroud d’honneur, Ickx battant même le record du circuit détenu par la Matra de François Cevert. La 936 grappille un tour et, après six heures de course, elle est sixième, alors que les trois Alpine-Renault sont aux trois premières place avec, dans l’ordre, la #9, #8, #7, devant la Porsche 935 #39 de Hezemans/Schenken et la Mirage #10 de Jarier/Schuppan. Sixième certes, mais encore très loin des Alpine-Renault au nombre de tours couverts.

Une heure plus tard, la Mirage est dépassée : la GR8 #10 avait eu un peu plus tôt quelques soucis d’alternateur, puis avait tutoyé quelque peu les rails, ce qui avait rendu nécessaire le changement du capot avant. Cependant, les trois A442 tiennent bon.

Il faut attendre la dixième heure pour que la 936 gagne une place supplémentaire, au dépriment de la 935 #39 de Schenken/Hezemans/Heyer qui faisaient une course régulière.

Peu avant cinq heures du matin, premier coup de théâtre : Jean-Pierre Jaussaud stoppe son Alpine #7 sur le circuit à la sortie du virage d’Indianapolis, V6 Renault cassé, et est contraint à l’abandon. La 936 est sur le podium provisoire. Deuxième coup du sort moins d’une demi-heure plus tard : Patrick Depailler rentre au stand avec la #8 avec des soucis de boîte de vitesses. Il faut changer le pignon du cinquième rapport de boîte, ce qui prend inévitablement du temps et la 936 #4 est désormais en deuxième position à un peu plus de la mi-course.

L’Alpine #9 de Jabouille/Bell semble cependant bien ancrée en tête, avec six tours d’avance sur Barth/Haywood/Ickx, alors que la A442 #8 de Depailler/Laffite a repris la piste et n’est qu’à deux tours de la Porsche 936.

Alors que le jour s’est levé sur le circuit, l’Alpine caracole toujours en première position, en ayant conservé son avance sur la Porsche à bord de laquelle Ickx a multiplié les relais. Mais, après neuf heures, troisième coup de théâtre : l’Alpine-Renault de tête est signalée au ralenti sur le circuit! Elle parvient à rentrer au stand, mais elle fume beaucoup, beaucoup ! On enlève le capot et on entame une belle partie de mécanique. Les mécaniciens condamnent un cylindre et l’Alpine repart avec un V5, après avoir perdu un peu plus d’une dizaine de minutes. Elle est toujours première, mais… Jabouille effectue un tour à une cadence très faible, rentre à l’issue de cette boucle au stand et sort de la voiture. Course terminée, piston crevé.

Les espoirs de l’équipe de Gérard Larrousse reposent désormais sur l’Alpine #8 de Depailler/Laffite qui est à moins de deux tours de la Porsche et qui, à ce moment de la course, est plus rapide que la 936. Depailler tourne plus vite que Barth, alors que Ickx a dû céder le volant de la Porsche, ayant roulé pendant près de quatre heures de suite et ne pouvant aller plus loin. Cependant, Barth hausse le rythme, et l’écart se stabilise, l’Alpine-Renault restant toutefois encore dans le coup…

La Porsche 935 #39 va perdre le bénéfice d’une belle course. Alors qu’après l’abandon de Jabouille elle était troisième et encore quatrième à quatre heures du drapeau à damiers, la course de la Porsche Loos #39 va s’arrêter, Hans Heyer étant victime de la défaillance de la pompe à injection. La Mirage #10 de Schuppan/Jarier en profite pour remplacer la Porsche dans le tiercé de tête.

Ce sera même bientôt la deuxième place qui s’offre à la Mirage-Renault car Patrick Depailler stoppe la A442 #8 à Indianapolis. Le moteur, comme sur les voitures sœurs, a lâché et Schuppan et Jarier portent les derniers espoirs du moteur Renault, même s’ils sont loin de la Porsche #4.

L’issue de la course semblait cette fois bien scellée à l’avantage de Porsche cette fois alors que la lutte pour le podium oppose la Porsche 935 JMS Racing #40 de Claude Ballot-Léna/Peter Gregg, l’Inaltera DFV #88 de Jean Ragnotti/Jean (bien remontée avec des soucis électriques et d’embrayage) et la De Cadenet Lola LM #5 d’Alain De Cadenet/Chris Craft qui tourne très vite en fin de course. C’est la Porsche qui allait sortir gagnante de cette joute devant l’Inaltera et la De Cadenet, cinq kilomètres séparant les trois voitures à l’arrivée, mais à 27 tours du vainqueur.

Scellée, l’issue ? Pas si sûr. Hurley Haywood a repris le volant de la 936 quand, à l’approche de la ligne droite d’arrivée, cette dernière dégage beaucoup, beaucoup de fumée…Certes, un filet de fumée bleu persistait sur la 936 depuis belle lurette, mais, cette fois, cela parait sérieux, la voiture rentrant au stand. C’est effectivement très sérieux puisqu’un piston est gravement endommagé. Va-t-elle pouvoir repartir ?

Les mécaniciens condamnent un cylindre et débranchent le turbo. A 15 h 30 la 936 reprend la piste, Jürgen Barth au volant, Porsche faisant confiance à la connaissance de la mécanique du pilote-ingénieur allemand. La Porsche roule au ralenti, mais elle compte 17 tours d’avance sur la Mirage #10. Le règlement est formel, la 936 doit effectuer son dernier tour en deçà de trois fois son temps de qualifications, donc en moins de 12 minutes. Barth boucle un premier tour très lent, puis un deuxième, largement dans les temps imposés, passant sous le drapeau à damier en vainqueur, la Porsche ayant conservé 11 tours d’avance sur la Mirage.

La chance a tourné dans la nuit de samedi à dimanche et elle est restée chez Porsche. Jacky Ickx remporte son quatrième succès au Mans, égalant ainsi le record de son compatriote Olivier Gendebien, alors qu’il aurait pu le partager avec Henri Pescarolo avec qui il était initialement engagé sur la 936 #3. Hurley Haywood ajoute une nouvelle course de 24 heures à son palmarès à ses trois 24 Heures de Daytona et Jürgen Barth, fidèle parmi les fidèles de la marque de Stuttgart, signe son premier et unique succès au Mans, mais une victoire à laquelle il a apporté une très belle part.

Superbe performance de l’Inaltera LM77 DFV #88 avec Jean Rondeau et Jean Ragnotti qui non seulement remportent le Groupe GTP, mais se classent quatrièmes de cette course meurtrière (20 classés, 1 non classé et 34 abandons).

Belle prestation également de la De Cadenet-Lola LM #5 de Alain De Cadenet/Chris Craft qui prend une très belle cinquième place.

Gregg/Ballot-Léna remportent le Groupe 5 avec, à la clé, la troisième place et donc le podium, la Porsche 935, l’Inaltera et la De Cadenet terminant dans le même tour. En revanche on n’attendait peut-être pas les autres vainqueurs de catégorie aussi haut placés.

La Chevron B36 Chrysler-ROC #26 engagée par la société R.O.C. et pilotée par Michel Pignard/Albert Dufréne/Jacques Henry remporte le Groupe 6 moins de 2 litres, seule de sa catégorie à l’arrivée certes, mais surtout elle prend la sixième place du classement général. Énorme satisfaction pour l’écurie et belle confirmation pour le moteur qui équipait trois des six protos moins de 2 litres engagés.

La Porsche 934 3 litres #58 de Porsche Kremer Racing termine à une excellente septième place, pilotée par Philippe Gurdjian, « Steve » et Bob Wollek qui a été, une fois de plus, très brillant.

@PORSCHE-KREMER RACING KÖLN

Le vainqueur du Groupe IMSA est peut-être le plus inattendu car, même au sein de Luigi Racing, on ne pensait peut-être pas à un aussi bon résultat. Spartaco Dini, Jean Xhenceval et Pierre Dieudonné ont parfaitement maîtrisé la course avec leur BMW 3.0 CSL #71 et dament le pion aux Porsche Carrera RS.

Merci à Christian Vignon et Luc Joly pour les photos.