24 Heures du Mans 1977, part 1 : avantage Alpine-Renault, mais…

Après avoir évoqué il y a peu les 24 Heures du Mans 1967, nous faisons un rapproché dans le temps, avec un bond de dix années en avant. Cette édition est rentrée dans l’histoire du Mans car ce fut la première fois qu’un équipage victorieux était composé de trois pilotes : Jürgen Barth, Hurley Haywood et Jacky Ickx, à la suite de circonstances de course que nous évoquerons un peu plus loin.Les forces en présence

Quatre-vingt-huit voitures avaient sollicité un engagement, 62 ont participé aux qualifications à l’issue desquelles 55 concurrents ont été retenus pour la course. Elles étaient réparties en sept catégories : Groupe 6, Sports +2000 cm3 (12), Groupe 6 -2000 cm3 (9), Groupe 5 (8), Groupe 4 GT (9), GTP (6), GTX (1), IMSA GT (10).

Groupe 6 +2000 cm3

Les favoris étaient, bien sûr, dans ce groupe. Porsche, vainqueur l’année précédente, revenait avec deux voitures engagées sous la bannière Martini Racing Porsche System, deux 936/77. La #3 (châssis #002) était pour Jacky Ickx (vainqueur des deux dernières éditions, en 1975 sur une Mirage GR8 avec Derek Bell et en 1976 sur Porsche 936 associé à Gijs Van Lennep) et Henri Pescarolo (triple vainqueur en 1972, 1973 et 1974). L’autre, la #4 (châssis #001) était confiée à Hurley Haywood (vainqueur en début de saison des 24 Heures de Daytona) et Jürgen Barth. Les deux étaient propulsées par un six cylindres à plat 2142 cm3 double turbo.

Après une première expérience en 1976 avec une seule A442, Alpine-Renault arrivait en force avec quatre A442 V6 1996 cm3 turbo pour Patrick Tambay/Jean-Pierre Jaussaud (#7, châssis #1), pour Jacques Laffite/Patrick Depailler (#8, châssis #2) et pour Jean-Pierre Jabouille/Derek Bell (#9, châssis #3), toutes trois engagées par l’Equipe Renault Elf. Une quatrième était alignée par Jacky Haran et Hugues De Chaunac pour Didier Pironi/René Arnoux/Guy Fréquelin.

Ces deux équipes étaient évidemment les favorites. Les outsiders étaient les Mirage GR8 de Grand Touring Cars. Victorieuses en 1975 et deuxièmes en 1976 avec le Ford Cosworth DFV, elles étaient cette fois-ci propulsées par le même bloc Renault V6 turbo que les A442, avec deux exemplaires : la #10 (châssis #802) pour Jean-Pierre Jarier/Vern Schuppan et la #11 pour Michel Leclère/Sam Posey (châssis #801).

Jean Rondeau amenait, pour la deuxième année consécutive, deux Inaltera LM Ford DFV : la #1 (châssis #003) pour Jean-Pierre Beltoise/Al Holbert et la #2 pour un équipage féminin composé de Christine Beckers/Lella Lombardi. Inaltera avait couru en début de saison les 24 Heures de Daytona. Alain De Cadenet engageait deux protos, une De Cadenet-Lola LM, la#5 qu’il pilotait lui-même associé à Chris Craft, et une De Cadenet-Lola T380 qui ne passa pas le cap des qualifications. Enfin, la Lola T286 DFV #14 engagée par Daniel Boudry et pilotée par Xavier Lapeyre/Patrick Perrier semblait bien isolée.

Si onze prototypes moins de 2 litres étaient engagés (Osella, Cheetah, Chevron, Sauber, Lola) c’était plutôt en Groupe 5 que se situaient les outsiders, en cas de défaillance des Groupe 6 plus de 3 litres. Porsche avait d’ailleurs engagé une 935 officielle, la #41 pour Rolf Stommelen/Manfred Schurti. Gelo Racing de Georg Loos (Tim Schenken, Toine Hezemans), les frères Kremer (John Fitzpatrick, Guy Edwards) et le J.M.S Racing (avec Peter Gregg, triple vainqueur des 24 Heures de Daytona, et Claude Ballot-Léna) engageaient également des 935, des machines surpuissantes et bien entraînées puisque disputant le Championnat du Monde d’Endurance (dont les Groupe 6 étaient exclues) depuis 1976. La catégorie GTP présentait quelques engagés intéressants comme les deux WM-Peugeot, une P76 et une P77 ou encore l’Inaltera LM #88 de Jean Rondeau/Jean Ragnotti.

Les essais

Le mercredi, la première soirée d’essais fut bien calme en raison de la pluie et les Porsche 936 et les Alpine A442, comme d’autres, se servirent de cette séance comme d’une session de travail, espérant une amélioration des conditions atmosphériques le lendemain. Les ténors n’ayant pas forcé outre mesure, c’est la Porsche 935 #41 de Rolf Stommelen, toujours aussi fougueux au Mans, qui avait signé le meilleur chrono en 4:01.6.

La piste étant sèche le jeudi, les Alpine-Renault sonnaient la charge et allaient prendre les deux premières places, Jean-Pierre Jabouille et la A442 #9 s’adjugeant la pole position en 3:31.7, devant Patrick Depailler (#8) en 3:32.9. Jacky Ickx n’était pas loin, troisième avec la 936 #3 en 3:33.0, devant les deux autres A442, la #7 de Jean-Pierre Jaussaud (3:34.8) et la #16 de Didier Pironi (3:38.6).

Rolf Stommelen s’était encore mis en valeur avec le cinquième chrono, en 3:39.3, en devançant la deuxième 936 officielle de Jürgen Barth (3:40.0). Les deux Mirage-Renault étaient loin, même derrière la Lola T286 de Xavier Lapeyre, bonne dixième (3:45.2).

Elles avaient quelques excuses : le camion qui les emmenait au circuit (les voitures étaient basées en dehors du circuit) était tombé en panne (!) et les deux GR8-Renault n’avaient pris la piste que près d’une heure après le début des essais et avaient été très vite en proie à des soucis d’alimentation. Les Mirage accusaient, de surcroît, un gros déficit en vitesse de pointe par rapport aux 936 et aux A442.

Dans les autres catégories, en Sport -2 litres, l’Osella BMW #29 de Alain Cudini (3:59.6) avait été la plus rapide et la seule de sa catégorie sous les 4 minutes, Bob Wollek (ci-dessous derrière la Porsche de Ickx) avait frappé fort en Groupe 4, avec un superbe 3:59.0 pour la Porsche 934 #58 de Kremer Racing.

Avantage Alpine-Renault donc, mais il semblait que les Porsche 936 n’aivaient pas véritablement essayé de chercher le chrono.

A suivre…

Merci à Christian Vignon pour les photos..