1993, l’année où Le Mans préparait l’avenir…

Alors que la catégorie reine de l’Endurance doit faire sa révolution sous peu avec les débuts attendus de la catégorie Hypercar pour 2020/2021, 1993 marquait également une période d’interrogation quant au futur. Cette année-là, Peugeot mettait un terme à son engagement au Mans et l’ACO a dû composer avec le retour des GT. Les très coûteuses Groupe C n’étaient plus les bienvenues et il fallait bien redorer le blason de la course d’endurance la plus importante au monde. Fallait-il encore trouver la bonne recette pour 1994 (photo de Une)…

« Le Mans aura toujours besoin de voitures monstrueuses capables de faire rêver » lâchait à l’époque Yves Courage. « Si la réglementation est bien faite, il est possible de construire à un prix raisonnable des autos spectaculaires dotées d’un gros moteur et de beaucoup de couple. Les GT sont intéressantes, mais il faut autre chose. Maintenant le temps presse. Pour préparer l’avenir, nous devons avoir des garanties sur une réglementation durable qui devra être communiquée dans les plus brefs délais. »

Du côté de l’ACO, on planchait sur l’avenir, comme l’expliquait Daniel Perdrix, en charge de la partie technique : « Nous désirons absolument associer prototypes et GT dans des groupes à deux vitesses. Nous tenons néanmoins à notre prototype Le Mans. Dans l’esprit, nous sommes proches du règlement IMSA. Il reste seulement à peaufiner quelques points. Nous dirigerons nous vers des prototypes monoplaces ou biplaces ? Pourquoi pas les deux. Nous rencontrerons les gens de l’IMSA et il est fort probable qu’avant la fin des 24 Heures, nous annoncions les grandes lignes du règlement 1994. » 

« Il faudrait être devin pour savoir de quoi sera fait demain », déclarait Henri Pescarolo. « Une chose est néanmoins certaine. Tout ce qui sera promu par Bernie Ecclestone ne marchera pas. Et le reste sera sabordé. Quant à l’ACO, si l’avenir est du côté des GT, alors ils sont à côté de la plaque. Ce type d’autos a sa place aux 24 Heures, mais pour meubler le plateau à côté d’autres protos. »

Jacques Petitjean, responsable de la communication chez Primagaz, partageait un avis similaire : « Après la déception réelle de l’an passé et d’un règlement qui depuis deux ans n’a jamais pu s’exprimer, il est heureux de retrouver enfin un plateau. Mais vouloir faire du volume avec des GT et transformer une course comme Le Mans en Coupe Venturi ou Porsche m’apparaît être suicidaire. »

1993 marquait aussi la signature d’un accord entre les circuits de Brands Hatch, Nürburgring et Le Mans. L’EMA (European Motorsport Association) devait permettre d’établir des accords avec les Etats-Unis et le Japon. « Européens, Japonais et Américains doivent tout mettre en commun pour s’entendre », confiait Mark Raffauf, patron de l’IMSA. « Ensuite, chacun des continents œuvrera selon sa culture et ses sensibilités, notamment en ce qui concerne les types de moteurs utilisés. Mais ensemble, nous devons définir des règles communes concernant le poids des autos, les châssis, l’aérodynamisme et la puissance des moteurs. Tout cela de manière à susciter chez les grands constructeurs un intérêt d’autant plus grand que commercialement rentable. » Une déclaration qui reste d’actualité 26 ans plus tard…